Page principale Marc Dufour Rail et transports
urbains
Le Canard Déraillé

Toronto,
mai 2000

Petite tournée à Toronto,
dans une débauche de luxe
et de grands plaisirs ferroviaires

3 — Petite visite des tramways et du Métro


CLRV sur la boucle à UNIONAprès être passé par la gare du GO Transit, et m'être muni d'un horaire (on ne sait jamais...), Je descend dans les profondeurs (enfin... Juste sous la rue) de la station Union, et après m'être muni de 5 jetons, je passe le tourniquet et me dirige vers la boucle de la ligne 510, Harbourfront.
    Ouverte au début des années 1990 pour la section Harbourfront (vieux port), elle a été prolongée en 1997 vers la station de Métro Spadina de la ligne Bloor-Danforth. Son but est de désengorger le tronçon St-George_Union de la ligne de Métro.
    La ligne 510 est entièrement en site propre, mais à niveau; elle possède sa propre signalisation prioritaire. Cependant, les concepteurs ont fait une gaffe de taille: les signaux pour les tramways sont des feux tricolores tout à fait ordinaires (sinon doublés, munis d'une grille qui réduit leur angle de visibilité et une énorme pancarte « Transit signal »). Résultat : des bagnoles souvent interprètent ces signaux comme étant les leurs, d'où accidents. Ç'aurait pas arrivé si ils avaient utilisé de bonnes vieilles « boîtes à feu », comme à Montréal pour les voies réservées aux autobus...
    Donc, je me pointe à la boucle de la station Union au moment où un CLRV (Canadian Light Rail Vehicle) s'en va. Tant mieux, je pourrais me préparer à prendre une photo sans que je passe pour un hurluberlu, car seuls les hurluberlus ratent délibédément leur tramway, c'est bien connu...
    Hum. C'est exigù, comme endroit, mais heureusement bien éclairé. Et comme je suis fervent du grand-angulaire, je peux quand-même prendre une photo potable. En raison de la courbe, la zone de sécurité du « quai », au même niveau que le rail, est très large.
    Un tramway se pointe aussitôt, que je croque après qu'il vient de laisser descendre quelques voyageurs. Puis il s'avance, et je monte à bord.
Ligne 510
CLRV en attente sur la rue Spadina   AAAHHH, que ça fait du bien!!! Ça fait plus de 15 ans que je n'ai pas pris un tramway de Toronto... Oh, évidemment, entretemps, je suis allé à Boston, à Paris (enfin... à Bobigny), à Nantes et à Bruxelles, mais ça fait toujours du bien de revoir le réseau qui m'a fait découvrir des tramways en situation réèlle...
   Je m'assieds d'abord en avant, près du garde-moteur, mais je me ravise et vais m'asseoir dans la rotonde, le petit salon en arrière, et j'attends le départ, qui ne tarde pas trop.
    Le garde-moteur replie son journal, les portes se ferment, et le tramway s'élance dans la boucle, qui devient ensuite un long tunnel passant sous les voies de la Gare Union. Un bref arrêt dans une station souterraine où les voyageurs peuvent traverser la voie (comme à Boston!), et, après avoir emprunté une courbe serrée comme seuls les tramways savent négocier, on remonte à l'air libre.
    Nous émergeons dans un tout nouveau quartier, très cossu. Immeubles neufs se succèdent, ponctués par des plans d'eau dont la plupart sont jonchés de rutilants bateaux de plaisance. Nous roulons à belle allure, jusqu'à l'avenue Spadina, où nous tournons à droite, vers le nord. Pendant qu'on y attend le feu vert, je croque par la fenêtre un CLRV qui va dans la direction opposée.
Plus Toronto que ça, tu meurs! Intérieur d'un ALRV articulé Un CLRV à Roncesvales
 Un tram de la ligne 510 s'arrête juste avant la rue Queen, sur un fond de caténaire et de tour du CN. Difficile de faire plus « Toronto » que ça!  Les nouveaux trams articulés ALRV sont spacieux, et leur aménagement est confortable et quasi luxueux
(des dossiers en acier inoxydable!!!).
Le dépôt de Roncesvales.
Un CLRV attend le boulot,
sous des caténaires qui n'ont
d'arachnéen que la profusion...
Trajet sur la ligne 501
Dépôt de Roncesvales     Je descend à la rue Queen, d'où je vais prendre le tram 501 vers l'ouest, jusqu'au dépôt de Roncesvales. J'ai le temps de prendre une photo très typique de Toronto: un tramway avec la tour du CN dans le fond...
    Mon tramway se présente peu après. Par chance, c'est un des nouveaux ALRV (Advanced Light Rail Vehicle), articulés. L'intérieur est identique aux CLRVs, hormis, bien sûr, l'anneau d'articulation. Comme plus tôt, je vais m'asseoir dans la rotonde, d'où je m'aperçois qu'on peut avoir une bonne vue par la fenêtre arrière si on s'assied sur le côté.
    Nous traversons un quartier où les boutiques sont hétéroclites, et à la mode. Au nord et au sud s'élancent des rues où s'alignent des maisons cossues. Tiens, un salon de coiffure de Montréal a ouvert une succursalle ici: « Coupe Bizzare ». Et comme à Montréal, en regardant ce qui s'y fait, pas de danger que je m'y fourvoie...
    Après une dizaine de minutes d'une douce rêverie, nous arrivons à l'avenue Roncesvales, où je descend. S'y trouve un dépôt que je m'empresse de photographier. Mais hélàs, plus de PCCs (ils ont été retirés du service en 1995). Que des CLRVs et des ALRVs. Snif.
    Mais au moins, cela ne signifie pas qu'ils ont été remplacés par des autobus...
Trams attendant sur Queen    Au devant du dépôt, les trams passent et s'acumulent parfois au feu rouge. Sur le côté, quelques trams qui terminent leur service emprunte un aiguillage manoeuvré à la pique par une dame qui attend sagement sur le coin de la rue...
    Une passerelle s'élance vers le sud, au dessus des voies du CN et de l'autoroute Gardiner vers la plage. Je m'y engage, histoire de voir si un train s'en vient. Mais non, rien. Rien d'autre que des jardiniers qui travaillent à faire des publicités avec des fleurs sur le bord du talus au dessus des voies... C'est tellement con qu'en rétrospective, je regrette de ne pas avoir pris de photo de ça...
Trams se rencontrant sur Queen    Je sors mon horaire de train GO, et m'aperçoit que j'ai manqué un train de 10 minutes, et le prochain, dans l'autre direction, est dans 25 minutes. Bof. Pour VIA, l'attente serait de 30 minutes... Ça ne vaut pas la peine.
    Je retourne devant le dépôt, et croque encore quelques trams qui s'acumoncellent (comme dirait Béru) grâce aux bons offices du feu rouge.
    Puis, après m'être muni de quoi boire, je remonte vers le nord grâce aux bons offices du tram 504 qui passait par là. Sus au Métro!!!
Trajet sur la ligne 504
Trajet en Métro
    Quand je parviens à la station Dundas West, je n'ai pas vraiment de plan d'attaque de prévu. J'avais pensé, au début, d'aller au nord de Rosedale, sur la branche de la rue Yonge de la ligne Spadina-University, mais la grande distance m'en dissuade un peu. Je me souviens, par contre, de la station Old Mill, à peu de distance de là qui est intéressante: elle est plantée dans le flanc d'une vallée, ce qui fait qu'une moitié est souterraine et l'autre en viaduc. De plus, j'ai le souvenir d'y avoir vu, il y a 20 ans, des portes-papillon identiques à celle de Montréal. Je me demande si elles sont encore là...
Portes papillon à Old Mill   Donc, cap sur Old Mill. Je descend du tram avec la cohue, et descend dans le vieux métro de Toronto. Oh, pas tellement plus vieux que celui de Montréal, mais il a terriblement mal vieilli. Les stations sont pas mal toutes pareilles: les mêmes tuiles jaunes si typiquement nord-américaines, les vieilles affiches et noms de stations dans une espèce de fonte à mi-chemin entre le Gill Sans (oui, c'est bien la fonte dont je me sers) et le London Underground, n'étant sufisamment ni l'une ni l'autre pour être satisfaisante, à laquelle il manque donc un tout petit je-ne-sais-quoi pour être vraiment agréable et ne pas agacer, et le matériel roulant sur fer, qui ne cesse jamais de surprendre qui a grandi avec un métro sur pneus...
    La rame arrive rapidement. Je me place en avant, car le Métro de Toronto est nord-américain et a donc une fenêtre qui permet aux passagers de voir sur l'avant. Je m'installe sur la banquette longitudinale près de la porte, car la fenêtre de la porte est déjà occupée par un garçonnet dont le père explique les signaux qui défilent bientôt devant nous...
    Les stations se suivent et se ressemblent: Keefe, High Park, Runnymede, Jane. Manque plus que Tarzan... On sort parfois à l'extérieur, ce qui nous offre un gros plans sur les fenêtres de quelques maisons fort cossues. Une station est entièrement en surface, mais s'efforce d'avoir l'air souterraine. Puis, juste après Jane, on resort à l'extérieur, et on passe un petit viaduc dans une vallée pleine d'arbres, le long d'un gros viaduc routier à grandes arches métalliques. Nous arrivons à Old Mill!!!
    Les portes-papillon sont encore là. Je mets le cap sur le viaduc routier, en quête du bon angle. J'ai un peu trop de chance... Les rames se croisent sur le viaduc, ce qui me fait plus de rames par coup. Par contre, il est difficile de trouver un bon angle, car les rames ne se rencontrent jamais au même endroit... Mais après une quinzaine de minutes, les rames se succèdent vers l'ouest deux fois plus souvent que vers l'est, donc, j'ai finalement la possibilité de prendre de belles photos.
    Et comme la station en viaduc est bien éclairée (les murs sont vitrés), j'ai assez de lumière pour prendre une rame dans son habitat naturel, juste avant de rentrer vers le centre-ville...
Rames se rencontrant sur le viaduc à Old Mill
Old Mill: Les rames se rencontrent sur le viaduc.
Une rame arive en station de Old Mill
Old Mill: Une rame arrive en station.
Rame sur le viaduc de Old Mill
Old Mill: Curieuse impression de voir filer ces rames en ce qui ressemble à de la pleine campagne...
Une rame attend le départ à Old Mill
Old Mill: Gros plan sur les plus grandes voitures de Métro au monde...
Donc, je monte à bord, direction Spadina. Là, je verrai l'autre bout de la ligne Spadina-Harbourfront. La bonne place est prise par deux filles qui semblent étonamment avides de regarder en avant. Je songe attendre la prochaine rame, mais ça serait puéril. Je m'assieds donc sur un siège derrière la porte, mais je conserve un peu de vision en avant. Le voyage est morne, et lent. Je suis heureux de descendre à Spadina, où je vais reprendre la ligne 510.
Trajet en Métro
Trajet sur la 510 et la 505CLRVs dans la boucle de SpadinaC'est beaucoup plus spacieux qu'à Union. Je n'ai aucune difficulté pour prendre la photo. Je grimpe ensuite dans un CLRV, et vais m'asseoir dans le salon en arrière.
    Nous partons aussitôt, et remontons à l'air libre. Gag: au dessus des portails des deux tunnels (décalés par rapport à l'autre), une grosse affiche: « Forbidden to rubber-tired vehicles » (Interdit aux véhicules à pneus).
    Je continue jusquà College, où je prend le 505 vers l'est. Tiquant sur ma correspondance émise à Old-Mill, le garde-moteur me demande où je vais. Je réalise que, contrairement à Ottawa, où une correspondance est valide pour 90 minutes sans aucune restriction, à Toronto, c'est comme à Montréal: on doit prendre le trajet le plus direct avec le moins de correspondances possibles. Je dois donc trouver quelque-chose de plausible, et vite! « Juste avant University », je dis. (Quoique, j'aurais du prendre le Métro). Ça doit passer, parce qu'il ne me dit rien... Je descend à University...
    Je trouve une pellicule plus sensible, que j'utiliserai ce soir, et une pile de rechange pour ma caméra, on ne sait jamais! Puis je me mets en quête de la bière.
     Mes pérégrinations m'ont emmené à la rue Dundas, sur la rue Yonge. Je consulte un annuaire pour trouver un magasin de bière (en Ontario, la bière ne peut être vendue que dans des magasins spécialisés — ce qui est bien, parce que les petites brasseries sont ainsi représentées dans TOUS les magasins, peu importe leur puissance de marketing). Ah, voilà : 709, rue Yonge. Parfait, c'est un petit numéro (les numéros augmentent vers le nord), et je suis pas mal au sud. Je vais donc vers le sud, porté par l'intuition (erronée) que, comme à Montréal, les numéros augmentent de 100 par 100 à chaque intersection...
    Las! Sur le moment, je ne vois aucun numéro sur les immeubles. Après avoir marché une rue et demie vers le sud, la pénible réalité m'est assénée violemment: 150.
    Quoi? Je suis à au moins 15 rues du bord de l'eau, et les numéros ne sont qu'à 150??? Bon, j'ai deux heures avant le départ du train, je vais remonter à pied.
     Je remonte donc. Dundas, College, et les numéros ne montent que très lentement. Je devrais peut-être prendre le Métro, mais je ne sais pas à quelle hauteur se trouve le numéro 709. Juste comme je vois un policier à vélo, il se tire et je ne peux pas lui demander. Et d'ailleurs, je me vois mal demandant l'addresse d'un magasin de bière à un flic dans la très pudibonde et puritaine Toronto. Au moins, la rue Yonge est animée de beaucoup de commerces, qui deviennent de plus en plus douteux à mesure qu'on va vers le nord (en fait, malgré tout ce qu'on dit de Toronto, c'est là, environ 25 ans plus tôt, que j'ai vu* mon premier bordel)...
    Tiens, une librairie de science-fiction que je connais depuis 20 ans a déménagé là... J'entre voir vite, mais ne voit rien qui m'exite. Et je reprends mon crapahutage vers le nord.
    Quand les numéros semblent potables de l'autre côté de la rue, du genre "620", du mien, on en est encore à un minable "540". De mieux en mieux: les numéros ne correspondent pas d'un côté à l'autre de la rue!!!
    Petit à petit, les numéros deviennent optimistes, et finalement, juste avant la rue Bloor, j'arrive au mythique Beer Store. Dans la portion où la bière est entreposée, une énorme chambre froide, il fait très bon. J'en profite pour éterniser mon choix, d'autant plus que la sélection est très bien fournie en bières que je ne connais pas du tout. Je prend une valeur connue, et une inconnue, puis passe à la caisse.
    Mission accomplie! Le voyage de retour ne se fera pas au sec! Je peux maintenant me concentrer sur le retour. Là, pas de mystère, je prends le Métro.
    Mais faut trouver le Métro! J'aurais cru qu'au coins des rues Bloor et Yonge, où se trouve une importante station de correspondance, ce serai un jeu d'enfant...
    Ha! Tout au plus, je vois une approximation du logo de la TTC sur un immeuble. Je me dis que j'ai pas envie de crapahuter ma bière dans un centre commercial. Non, ce que je veux, c'est une entrée de Métro bien officielle, sonnante et trébuchante.
    Ha! Rien à faire, y'a QUE l'entrée par le centre commercial. Dépité, je me résigne. Mais non, après quatre ou cinq boutiques, on descend tout de suite dans le métro, et après le tourniquet, ô miracle, je suis sur le bon quai, sans avoir eu besoin d'arpenter moults couloirs (après consultation de la carte, je remarque que la ligne se décale un petit peu vers l'est de la rue Yonge, ce qui explique l'absence d'entrées près de celle-ci). Et, de mieux en mieux, la rame arrive tout de suite. Et, pour pousser le bouchon un peu plus loin, je suis en avant de la rame, et, devinez quoi? Il n'y a personne qui regarde vers l'avant!!! J'ai soudain une chance insolente!!!
    Ahhh!!!
    C'est une rame beaucoup plus neuve que celles que j'ai emprunté jusqu'à présent. Curieusement, au lieu d'une banquette latérale, il y a un banc double qui fait face vers l'arrière. Je dépose ma bière avec précautions sur le siège, puis m'adosse au dossier de l'autre banc, destiné à jouir sans encombre ni scrupules de la vue du tunnel, en avant.
    Les stations se suivent, et se ressemblent. Mais, je n'avais jamais remarqué que ça descend assez d'une station à l'autre; puis j'ai soudain une sensation nostalgique alors que nous entrons dans une station, en regardant le quai et la foule qui s'y amasse; curieusement, personne ou presque ne monte dans la première voiture. Ah, si, une fille (format boudin grand-luxe) monte à bord, et s'installe sur la banquette où je suis adossé. Je me mets donc debout, devant la porte d'extrémité pour finir le voyage.
    J'arrive à Union Station à cinq heures, c'est à dire au vrai commencement du début de la cohue de l'heure de pointe.  Je monte à la gare, et regarse sur quelle voie part le train 68, celui où la voiture sera acheminée. Voie 11. Bon. Mais je ne suis pas encore là, et je ne sais surtout pas si la rame est déjà à quai, d'autant plus que l'embarquement ne commencera que dans une quarantaine de minutes.
    Je suis fourbu; je planque donc la bière dans un casier, puis je pars à la recherche de mon train. Rude affaire, car, sans billet, je n'ai aucune chance de passer la vigilance des redoutables vérificateurs de billets. Mais comme je connais assez bien la gare, je me faufile sans encombre par la sortie.
    Chance! la rame est à quai, que j'arpente d'un pas si décidé que les quelques employés qui vaquent ça et là se résignent à ne pas me poser de questions. Je trouve rapidement Richard qui est déjà là, comme le reste du groupe. Ils ont eu maille à partir avec le vérificateur de billets au point où ils ont du faire venir le chef de gare...
    Je redescend chercher la bière, et suis un peu déçu de ne pas me faire interpeller quand j'enjambe ostensiblement la dérisoire chaîne qui bloque l'accès au quai n°11 en transportant, ô suprême sacrilège, une quantité importante de bière (il est strictement interdit de consommer de l'alcool dans un endroit public, sauf si la bière a été vendue par le propriétaire des lieux. Heureusement qu'une voiture privée n'est pas un endroit public!!!)... Je monte à bord du Pacific Sands, et dépose ma précieuse cargaison dans les éviers des chambres qui ont été préalablement remplis de glace.
   Je prend ensuite ma caméra, et vais arpenter le quai. Je commence par l'obligatoire photo de notre rame, trônant à côté d'une rame du GO Transit, fort occupée à s'empiffrer de banlieusards.
Puis, c'est au tour de Richard de goûter à ma lentille, tout fier depuis le vestibule de sa voiture privée.
    Y'a de quoi. C'est lui, avec son frère, qui ont réussi le premier l'exploit de retaper une voiture-lit américaine, et de non seulement l'amener au canada, mais de la louer à VIA Rail qui l'a mise en service régulier, cela sur une ligne où le climat est très rude: Winnipeg_Churchill, sur la baie d'Hudson, là où les touristes s'en vont voir les ours polaires (la ville a été tout connement placée en plein milieu du chemin migratoire des ours polaires. Un kilomètre plus au sud ou plus au nord, et les ours laissaient la population tranquille). Une très longue portion de cette ligne est d'ailleurs posée sur le pergélisol, ce qui complique notamment son entretien.
    Je ressors à l'extrémité ouest de la gare, et observe un moment le va et vient incessant des rames du GO Transit. Un moment, deux rames sont côte à côte sur les deux quais au delà du nôtre. Ah, zut, je dois changer de pellicule, et ça me fait louper le départ d'un train vers London.
 
    Puis c'est au tour du Northlander d'arriver en provenance de Cochrane, dans le nord de l'Ontario (à 300 km de la baie James), avec une belle F7a qui n'est, en fait, qu'une coquille presque vide, car le moteur original a été remplacé par un ignoble Caterpillar, tout juste bon à mettre sur un bulldozer. La locomotive tire un fourgon-générateur (en fait, une F7b dont les moteurs de traction ont été déposés) et trois anciennes voitures à un niveau du GO Transit, refaites à neuf il y a quelques années.
    Il n'y a pas si longtemps, ç'aurait été une rame Trans-Europ-Express qui serait arrivée... Mais depuis, elle s'en est retournée en Suisse...
    L'heure du départ approche. Les passagers réguliers montent tranquillement à bord. Je monte à mon tour, et on referme la trappe et la porte du vestibule. Je vais à l'intérieur, et quand je discute avec Richard, un homme se pointe, et dit à Richard qu'il est le mécanicien du train, et qu'il ne veut voir la tête de personne dépasser des portes du vestibule quand il regardera par son miroir. Bref, qu'on ne pourra pas faire la chose qui est si intéressante quand on a une voiture privée, voyager nez au vent!!! Un vrai gâche-sauce, quoi.
    Dépité, je retourne dans le vestibule, histoire de prendre quelques photos d'en arrière lors du départ. Un homme s'approche, et me demande si je suis le propriétaire. Je dis que non, et vais chercher Richard. Le type est un mécanicien qui travaille sur les trains GO, et qui pose toutes sortes de questions à Richard. Mais pas longtemps, car l'heure arrive, et notre rame se met à rouler tout doucement.

Notes :

* Notez que j'ai dit « AI VU » et non pas « AI ÉTÉ ». D'autant plus que j'avais 13 ans à l'époque. En fait, ce ne m'a pas autant frappé que la découverte des tramways, de bons vieux PCCs (non, mes parents n'ont pas voulu faire de tour de tramway; j'ai dù ronger mon frein encore 3 ans)...

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