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Le Canard Déraillé

France 1992

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Jeudi 21 mai :
Début d’un voyage plein d’inattendus et de coïncidences...
Dès mon arrivée, je m’était entendu avec monsieur L., des Éditions O., qui a l’amabilité de me publier irrégulièrement, pour le rencontrer alors qu’il m’invitait chez-lui. Après une partie de colin-maillard téléphonique, j’ai pu fixer un rendez-vous. Par chance, je l’ai attrapé à Paris, lors de son retour d’Allemagne.

Nous avons donc voyagé ensemble jusqu’à Vichy, où son épouse nous attendait pour finir le voyage en auto. Dans le compartiment (Corail, hélas, la fenêtre est resté hermétiquement fermée), j’ai profité du voyage pour lui montrer mon album de photos, dont celui qui originalement a poussé monsieur G. d’écrire aux Éditions O. Surprise, le contrôleur est un ami de monsieur L., et habite le village de B., juste à côté de la gare. Même que sa femme y a déja tenu café.

A l’arrivée à Vichy, nous sommes allés casser la croûte. Je demande à la maîtresse d’hôtel si les carafes d’eau sont de l’eau de Vichy... C’en était bien, mais ce n’en était pas non plus... Pour mon repas, un canard est mort pour la bonne cause (Aves césar, morituri...). En sortant, il pleut. Monsieur L. propose d’aller chercher l’auto pendant que nous pouvons aller aux sources, tout près. Par chance, une marquise fait le tour du square, et c’est donc à l’abri que nous pouvons attendre. Je profite de l’attente pour aller voir les sources mêmes, sous des dômes où bouillonnent des volutes d’eau (à 40°). De rares curistes font la moue devant leur verres. Je n’y goûte pas, parce que monsieur L. est déja là, avec l’auto.

Nous nous engouffrons sur la route vers B. Je suis heureux de voir le Massif Central, qui jusqu’à présent n’était qu’une vague entité hantant mes méninges depuis mes cours de géographie de France, à l’école élémentaire... Nous longeons la ligne Lyon-Tours, dont les viaducs sont munis de piliers avec une bizzare échelle hélicoïdale.

En arrivant à la résidence, je suis surpris de constater que les environs ressemblent énormément au village d’où mon père est originaire, Saint-Alexis de Matapédia : des plateaux élevés où l’on pratique une maigre agriculture, entourés de vallées très encaissées.

La maison est sympathique et spacieuse. Un magnifique escalier de pierre en colimaçon en assure la desserte verticale. J’y aperçois, empilés, quelques ouvrages dont l’absence dans mes bagages ont causé pas mal d’anxiété et de temps perdu: l’indicateur complet SNCF, désormais introuvable. Car c’est pas jojo d’avoir à demander son trajet à des employés interrogeant un ordinateur qui ne sont même pas foutus d’imprimer sur leur imprimante le trajet demandé.

Je fais connaissance avec le personnel des Éditions O., fort sympathique. Comme monsieur L. a du travail à rattraper, je passe le temps dans la bibliothèque. Hélas, on m’en tire trop tôt, c’est presque l’heure du dîner... Nous allons au village de B. chercher du pain, et poster quelques livres. Nous revenons en passant par la gare. Je vois l’ancien café de la femme du contrôleur... Ce qui surprend, c’est la commande des aiguillages à traction funiculaire.

Après le dîner, monsieur L. me fait faire le tour du propriétaire, mais nous retournons vite au salon pour le digestif, où nous élaborons mon retour, demain matin. Comme monsieur L. a du sommeil à ratrapper (je ne le blâme pas, les couchettes, c’est pas le pied), il s’excuse, et me laisse seul avec l’indicateur. Je choisis la route tortueuse : Gannat, Montluçon, Bourges, Vierzon et Paris, qui a l’avantage de me laisser le temps de visiter Montluçon et Bourges. J’ai ENFIN le plaisir de feuilleter l’indicateur SNCF pour le fignoler! Je triche, et photocopie les pages pertinentes, que je surligne pour ne pas me gourrer.

Ô, combien loin étais-je de me douter que cet exercice serait on ne peut plus futile...

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