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Le Canard Déraillé

France 1992

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Mardi 19 mai :
La grande bouffe de kilomètres à l’heure.

Je tiens à remercier M. Gilles "Gé" Moros et ses collègues mécaniciens du dépôt de Lyon-Mouche, ainsi que M. Didier Girard pour m’avoir si gentiment aidé à identifier le lieu où la plupart de ces ces photographies furent prises, et signalé quelques erreurs ou omissions.


À gauche : La fièvre du départ

Gare de Lyon, fin de l’avant-midi. Des hordes de personnes âgées à l’accangue Marseillais entourant une rame TGV-PSE la désignent immanquablement comme celle en partance pour Marseille. C’est tant mieux, parce que, j’ai pu obtenir la possibilité d’accompagner le mécano, monsieur C. alors qu’il s’acquitte de sa tâche. Monsieur C. est une connaissance de Stéphane. Nous faisons connaissance, et monsieur C. s’avère être un sympathique côte-d’azurois (j’espère qu’il ne faut pas dire «côte-d’azurien»...).


À droite : Un bon endroit pour passer l’après-midi

Marche d’inspection de la rame, qui est aujourd’hui, double. La semaine précédente, j’ai constaté que ce même train était assuré par une rame TGV-A. On monte dans chacune des trois cabines arrières, histoire de voir que tout carbure bien. R.à.s. de ce côté là. J’installe mes petites affaires dans la cabine, et monsieur C., avisant ma bouteille d’Évian, m’avise d’aller pisser au plus vite... Dont acte. En visitant la «salle des machines», il m’indique comment rallier la rame au cas où je sois pris d’une miction autrement impossible...


À gauche : Au sud du pont de Charenton - env. pk 4.7

Je suis désappointé que le pare-brise soit dégueulasse de mouches crevées, ce qui ne facilitera pas les photos. Quand j’explique que chez-nous, un mécano peut refuser de sortir une machine si le pare-brise est dégueu comme ça, il me répond, surpris, «oui, mais faudrait pas faire attendre les gens derrière»... J’ai rarement vu un cheminot de chez-nous faire preuve d’une telle conscience.


À droite : Passé Villeneuve-Saint-Georges; bif vers Brunoy

Après la vérification de la signalisation en cabine, c’est le départ. Le faisceau est traversé à petite vitesse, mais Bercy en queue, nous roulons déja une bonne allure. Comme d’habitude, à Villeneuve, un con essaie de nous dépasser en moto, sur la rue de Paris. Montgeron, Brunoy et Quincy sont traversés comme dans un rêve, puis c’est LIEUTSAINT!


À gauche : Enfin la grande vitesse!

Saint-Lieu où commence la grande vitesse! Le changement de courant effectuée, c’est la montée en vitesse. 230. 240. 250. 260. Pas plus, nous ne pouvons nous permettre d’être en avance à Lyon, pour ne pas être obliger de «niaiser» (Expression en usage, chez-nous, pour désigner un train arrêté à une gare (ou bifurcation), pour expier son péché d’être en avance.). Montereau est avalée à 260. Sens subit le même sort, de même que Saint-Florentin où, neuf ans plus tôt, j’allais subir le baptême du -260 km/h (j’étais à reculons et furibard).

Tonnerre. Pasily. Saulieu. Englouties. Sans qu’elles n’aient rien à dire. De temps en temps, un bref éclair orange nous rappelle qu’on est pas seul au monde. Tout ce qu’on fait, c’est rouler, et bien : vite.

Sud de Lyon : nous nous ruons vers...
Sud de Lyon : nous nous ruons vers...


...le défilé de Donzère


Arrêtés au carré 157 au nord de ValenceÀ droite : Arrêtés au carré 157 au nord de Valence

Les montées succèdent aux descentes. Monsieur C. me dit, lors d’une de ceux-ci que la cabine arrière de la deuxième rame est 14 étages au dessus de nos têtes. Et de pointer une sous-station, dont la cour est rigoureusement horizontale. Même à 260, ça ce voit que la voie n’est pas parallèle à l’horizon...

Après Saulieu, nous semblons éviter d’un coup de rein Autun comme si la peste y régnait. Le Creusot et Monchanin ne sont qu’un soupir, vite oublié, car bien vite, nous devinons Cluny «Il y a là une vieille abbaye», que je parviens quand même à deviner. Loché, zouuuummmmm! Finies, les montagnes russes, car nous longeons la Saône, ce qui signifie que le moment tant redouté approche. La gare finale, Sathonay est anticipée avec regrets. La fin de la Grande Vitesse. Ah! oui, j’oubliais. Monsieur C. a eu l’amabilité de me pointer la roche de Solutré au passage...

Et c’est la descente tire-bouchon sur Lyon. En se traînant. La locomotive s’engouffre dans les tunnels, puis en ressort pour y réentrer de nouveau, telle une aiguille où on aurait enfilé une rame TGV dans le chas... Vivement le contournement par Satolas! Lyon Part-Dieu se laisse gentiment trucider, sans qu’on s’y arrête. Le terrain inconnu commence pour moi.


À gauche : Entre Chasse-sur-Rhône et Estressin

Dès Vénissieux, la différence se fait sentir. Nous sommes revenus au chemin de fer normal. Et non plus, comme plus tôt, comme en rêve, sur un nuage. Non, ici, c’est du vrai chemin de fer, tel qu’illustré par la planche du Petit Larousse: signaux latéraux, crocodiles (bon sang ce que je me suis demandé longtemps à quoi ça pouvait servir...), voies d’évitement, patachons et surtout, surtout, trains omnibus.

C’est qu’à Vienne, on répare le tunnel juste avant la gare, et ce dernier est à voie simple. Nous avons tôt fait d’avoir une Z-7100 dans les jambes, en train d’attendre son tour. Après avoir franchi le sémaphore fermé (après l’arrêt réglementaire), nous nous immobilisons à 200m derrière, pendant que le coupable, une rame TGV PSE nous croise. Le tunnel est traversé à petite vitesse. Vienne, deux minutes d’arrêt! Sur la voie, près du b.v., est stationnée une rame ponctuée du prototype du TER diésel caréné, un machin bleu et gris qui a belle allure.

La marquise de la gare de Valence
La marquise de la gare de Valence

Au bout de la rame-mystère [voitures UIC?]
le prototype du futur TER diésel caréné
Au bout de la rame-mystère [voitures "Club 34"]
le prototype du futur TER diésel caréné
(X-TER) X-72500


À droite : Un petit arrêt chez Saint-Bénézêt

Après Les Roches, une centrale EDF exhibe fièrement ses tours de refroidissement. C’est à 160 km/h que nous traversons Saint-Vallier et Tain-l’Ermitage. Le chantier de Vienne nous a fait perdre sept minutes, et nous ne pourrons qu’en gagner une jusqu’à Marseille. Valence! Deux minutes d’arrêt.


Sortie de la gare de Montélimar
Sortie de la gare de Montélimar

Une machine haud-le-pied dans la plaine de la CRAU
Une machine haud-le-pied dans la plaine de la CRAU


Au nord de Montélimar, nous croisons une Z-7100


On rencontre un égaré au sud d’Avignon

À gauche : Le dépôt de Miramas héberge une vieille locomotive à vapeur

Montélimar. Après Pierrelatte, une autre centrale nucléaire (du Trigastin, je crois). Orange. Avignon. Tarascon. Nous passons à vive allure dans Arles, et monsieur C. tente de me pointer les arênes... Je crois que j’ai vu, mais je ne suis pas sûr...


À droite : L’étang de Berre

Rectitude rigoureuse de la voie traversant la plaine de la Crau. Passé Miramas, un plan d’eau, à perte de vue. La méditérannée?

— Non, l’étang de Berre.

— Oh.

Jamais vu tant d’industries depuis la Suisse. Après Vitrolles (la ville où la mère maire laisse le père faire le maire - les deux front la maire, quoi), nous nous engoufrons dans un long tunnel. Au moins, en sortant à l’Estaque, j’aperçois enfin la Méditérannée pour la première fois. Mais pas pour longtemps, car nous sommes en banlieue de Marseille.


L’entrée et la sortie du...


...tunnel de la Nerte
Mon train qui me ramènera à Paris est dans moins de vingt minutes; c’est donc dans la cabine en négociant le faisceau de la gare que nous échangeons salamalecs et addresse. Je suis le premier voyageur à franchir les tampons.

Je localise mon train, puis ma voiture et enfin ma place. Merde, encore de reculons! Je redescend, vais acheter de la lecture, un sandwich et une bouteille d’eau, puis me cale sans scrupules dans un fauteuil dans le bon sens qui n’est pas le mien. Je parie que l’affluence sur Paris, un mardi soir, est suffisamment faible pour conserver ma place. Voyage sans histoire, où après avoir fait mes projets pour demain (une virée à Nantes), j’ai même somnolé.


L’entrée et la sortie du...


...tunnel des Eygalades


Nous croisons une 67000 qui roule avec une rame minuscule vers AixÀ droite : Nous croisons une 67000 qui roule avec une rame minuscule RIO-PACAvers Aix


Tout compte fait, la LGV, c’est pas mal, mais c’est la ligne classique du PLM qui est la plus intéressante. Je ne regrette donc pas d’être allé jusqu’à Marseille, peuchère!

Le faisceau de la gare de Saint-Charles
Le faisceau de la gare de Saint-Charles


Marseille; Terminus! Tout le monde descend!

N’ajustez pas votre appareil! Ces photos sont en noir et blanc, en raison de la pauvre qualité des couleurs obtenues à travers du pare-brise du TGV et à contre-jour.

Arrivé à la gare de Lyon, je vais donc aller chercher une réservation pour Nantes. Je décide toutefois d’aller la chercher à la gare Montparnasse. Tiens, plutôt de passer par Châtelet et Denfert-Rochereau, je vais passer par Charles-de-Gaulle, puis prendre la ligne 6. C’est une de mes balades en métro préférées, en viaduc dans le 15ème arrondissement.

Un curieux dialogue qui sourd des guichets à Paris_Montparnasse...

J’arrive donc à la gare vers 22h30, trouve un guichet ouvert, et demande une réservation pour Nantes.

— Vous êtes canadien? me demande la vendeuse de billets...

— Euh... Oui... (Grmblll. Canada? C'est où ça, Canada? Personne sait où c'est, Canada!!! Québécois, je me dis, Québécois, et avec un seul «Q», comme tout le monde. Les canadiens, ce ne sont que des rosbifs qui s’ignorent. Grmblll).

— Ah! C’est très beau chez-vous. J’y étais, au mois de septembre... Ah, les grands espaces, la nature... Vous aimez? (Je m’en tape. Ce qui m’intéresse, c’est la civilisation). Ma réponse me vaudra un regard un instant incrédule :

— Madame, je viens tout juste de faire Charles-de-Gaulle_Montparnasse-Bienvenüe en Métro, et, croyez-moi, j’étais au paradis. Après un instant où elle ne sait pas si elle doit en rire ou en pleurer, la conversation déraille très rapidement sur le chemin de fer.

— Vous avez déja pris le TGV? (avec une grande luette de fierté au fond de la bouche)...

— Euh, oui... J’arrive tout juste de Marseille, où je suis allé dans la cabine du TGV...

— (stupeur) Oh! Comment avez-vous fait?

— C’est assez invraisemblable; par l’intermédiaire d’un agrégé en philosophie...

— (re-stupeur) En effet... Et le TGV Atlantique? (sous entendu : «NOTRE TGV»...)

— Je l’ai essayé deux semaines après son inauguration, en octobre 1989... Nous étions deux heures en retard! (Mais je n’ai pas précisé que c’était à cause d’un feu de brousse)...

Toujours est-il qu’il n’y avait pas de place sur le premier TGV pour Nantes, le lendemain. C’est alors que j’ai eu la surprise de me faire proposer un strapontin! Et gratuitement, en plus. Pour revenir, je demande un espace dans le « club », que j’ai sans problèmes.

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