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urbains
Le Canard Déraillé

France 1992

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Dimanche 17 mai :
A Bruxelles, je suis allé une fois!
Lever tôt, et cap sur la Gare du Nord (merci, monsieur RER!), pour attrapper le premier train vers Bruxelles. Eh! oui, je vais faire une virée dans le plat pays. Je change un peu d’argent en francs belges, et j’ai soudain l’impression d’être devenu très riche.

Rame Corail, compartiment de première où sévit une famille qui parle vraisemblablement l’italien, et où vient s’installer un couple d’âge mûr. Avec la petite fille, nous faisons donc salle comble. Pour nous agacer, une rame inox Mistral nous nargue sur la voie d’à côté.

Départ. La ceinture rouge est traversée, et c’est un pays d’où dépasse quelques chevalements désaffectés qui est traversé. A la frontière, aucun douanier ne vient gêner la quiétude de la voiture restaurant. L’arrivée à Bruxelles-Midi met un terme à ce voyage banal.

L’atmosphère est différente. Et le fait que tout le monde parle français ne semble pas atténuer cette différence. Je déniche le métro, dans la gare, et achète un billet de 24 heures. Ensuite, je découvre le métro Bruxellois. Rame curieuse, qui pourrait être une rame de Lyon laminée par deux prises en écharpe simultanées. Je loupe le départ, car je recherche sur la carte ma destination: le musée des transports urbains.

Tout ce que je me souviens du voyage d’un compatriote, l’an dernier, c’est qu’il faut descendre à une station de métro dont le nom m’avait frappé, car il est on ne peut plus anglais. Mais le problème est que je ne me souviens pas du nom... MONTGOMERY! Ça y est! c’est ça... Et le musée est même indiqué sur le plan! Un seul changement.

Je prends la rame suivante. Curieux réseau, où les tunnels semblent regorger d’embranchements cachés ou inachevés, ou même de viaducs souterrains. Je change. Par chance, la prochaine rame est la bonne, car la ligne fait un Y. Côté atmosphère, c’est moderne, propre, spacieux. Mais morne. Pas de chaleur, comme dans le métro de Paris. Juste une efficacité aseptisée.

Le tram met fin à ce subit accès de cafard. L’engin articulé, fort probablement un PCC, sort du domaine souterrain pour s’engager au milieu d’une artère large. Claude m’a dit «Surveille bien, dans le tramway, parce que dès que tu entre dans le bois [la forêt], il est trop tard, et il faut débarquer!». Je scrute donc avidement le paysage pour découvrir un immanquable amoncelement de vieux tramways! Enfin!

Descendu, j’examine superficiellement les bêtes qui trônent, dehors; puis j’entre au guichet, pour prendre un billet musée et tour de tram. Dans le hall, pour commencer la visite, une vieille locomotive de tramway à vapeur, et quelques remorques, dont un tombereau.

Un très beau musée. Divers trams à un ou deux bogies, de tous les âges (il y a même des trams identiques à ceux qui roulent dehors) et pour tous les usages. Trains meuleurs, balayeurs, etc... Même qu’il y a deux minuscules tracteurs de service, un avec perche, l’autre avec pantographe... Surprise, une vieille remorque, avec plancher bas intégral! Comme quoi, le plancher bas est plus vieux que je croyais... Au fond, une buvette me permet d’expérimenter une Lucifer, chose absolument impensable chez-nous! (la buvette dans le musée ferroviaire, et non pas la Lucifer).

Également au fond, quelques pièces électriques trônent, histoire de montrer l’envers du décor. La moitié du bâtiment est fermée au public, ce qui semble indiquer une activité de restauration non négligeable.

De retour dans le hall, je passe à la boutique, car Claude m’a spécifiquement commandé «le plus de cartes postales possible, et un livre sur les chemins de fer vicinaux qui n’est pas en flamand». Après plus de douze cent nonante francs d’emplettes, j’offre à la dame du comptoir des correspondances-souvenir du Musée Ferroviaire Canadien, mais «je ne peux malheureusement pas vous les valider, car je n’ai pas ma pince»...

— Ah, mais vous êtes bien gentil! Attendez, si vous venez de si-loin, j’ai quelque chose pour vous. Et après avoir été fouiller sous le comptoir, elle revient avec une pince de contrôleur! Une bien curieuse pince, parce qu’elle est munie d’un compteur intégré, et un dispositif ingénieux empêche de poinçonner deux fois le même billet. Je suis un peu confus, proteste un peu et insiste pour la dédommager, mais la dame insiste. Je garde donc la pince.

Je sors pour faire le tour de tram. Le véhicule: tram de Bruxelles n° 1428, à un seul bogie, deux compartiments à sièges longitudinaux et vestibules ouverts (mais avec pare-brises); et une remorque ouverte à plancher surbaissé intégral. Le départ est donné par un coup de trompette; comme la présence sur le vestibule avant d’un passager n’indispose pas le wattman, je m’y installe.

Le tram s’engage sur la ligne peu après le passage d’un tram régulier, et on s’enfonce dans la forêt. La montée fait grogner les engrenages, mais ça n’empêche pas le contrôleur de poinçonner les billets. Nous croisons un tram régulier, l’autre tram touristique et un autre tram régulier à l’aller. Le terminus est une boucle àdeux voies d’où, stationnés dans la boucle intérieure, nous laissons passer un tram régulier.

Je profite du quart d’heure d’arrêt pour faire connaissance avec l’équipage. Même laïus qu’à la boutique. Nous jasons popote-tramway, c’est à dire de choses que se disent des wattmans qui parlent de tramway... J’apprends donc que le personnel qui fait rouler les trams historiques sont bénévoles, mais également (et obligatoirement) conducteurs de trams régulier : «eh oui, demain, je vais mettre mon jean et mon blouson de cuir, et vais travailler sur mon tram... C’est seulement ici que je porte l’uniforme...». De plus, le musée occupe en fait la moitié d’un dépôt; donc la partie fermée au public n’est pas un atelier de restauration, mais un vrai dépôt de trams (je présume que la restauration est effectuée dans les ateliers principaux).

Peu après le départ du tram régulier, nous repartons nous aussi. Mêmes croisements : un tram régulier, l’autre tram du musée et un autre régulier.

Revenus au musée, je constate que j’ai quand-même du temps devant moi pour traverser Bruxelles en tram, et prendre mon train à la gare du nord, en changeant deux fois. Je prends donc congé de tout le monde, et après dix minutes d’attente, monte dans le premier tram. Je change au terminus et guette une certaine place (dont le nom m’échappe). Une fête foraine me fait croire erronément que je suis au bon endroit. Pour m’en aperçevoir, je dois faire le tour complet du square (les autres arrêts ne sont pas munis de plans). Fait curieux, les manèges et kiosques sont ABSOLUMENT identiques à ceux qu’on trouve chez-nous, les animaux en peluche sont ABSOLUMENT les mêmes, à une seule exception : un kiosque vend des ESCARGOTS (pour bouffer, rassurez-vous). Jamais vu ça. Je suppose qu’à Minsk, on a des kiosques à caviar...

Je devais descendre environ 800m plus loin. Bon, ça se marche, et je suis la ligne du tram. Pas de tram avant que j’arrive à la correspondance. J’ai donc bien fait de marcher.

L’autre tram se pointe dix minutes plus tard, je monte, et guette Sainte-Marie (je crois). Après un bon bout de temps, je demande au wattman, qui me dit que c’est encore loin... Finalement, au moment où le wattman se retourne pour m’avertir, je ressens que je suis arrivé... Donc je descend, il ne me reste que 500m à faire avant d’arriver à la gare; par chance, ça descend. Quartier pas trop mal. Ni trop riche, ni trop pauvre.

Gare du nord. Plutôt petit, et pas pompeux pour un sou, comme gare. Un grand mur en brique, avec des portes. J’entre. Ah! c’est pour ça que c’est pas pompeux, j’entre par en arrière... J’avise la voie de mon train. Celle du fond. Bon. Je profite des vingt minutes pour traverser la gare, et prendre une Chimay. Gare moderne (je dirais années 30), mais même si elle est bien entretenue, elle a un air vieillot mal vieilli. Le hall immense renferme à un bout un musée des chemins de fer, qu’on visite «sur rendez-vous seulement». Je regarde quand même par la porte vitrée: quelques signaux, des maquettes. Sûrement pas de vraies locomotives.

Je retraverse les vingt et quelques voies et monte sur le quai. Des marquises en béton, des murs de brique. Je n’ai jamais aimé la brique. Ça me refout encore le cafard. Je regarde passer des rames électriques à unité multiples. Leur livrée brun brique me refout encore le cafard. Pour un chemin de fer qui est censé offrir un si bon service, «style RER», je trouve ça plutôt pisseux, et triste à mourir.

Dans le temps que j’attend, soit dix minutes, deux rames (tout aussi pisseuses que le reste) ont le temps d’arrêter sur mon quai, et cela dans les deux directions! Finalement, joie! une rame CORAIL! Enfin un peu de couleur! Comme il se doit, les premières sont pleines à craquer, comme la voiture de deuxième. Comme il y a dix minutes d’arrêt à Bruxelles-Midi, on doit obligatoirement ajouter d’autres bagnoles. Je reste donc debout dans le vestibule, et tente d’observer ce qu’il y a entre les gares du midi et du nord. Ça semble intéressant, mais, bon sang, pourquoi est-ce qu’il faut faire les gares modernes si lugubres? A Zürich, la gare souterraine est magnifique, même si elle est en granite gris!

Effectivement, à Midi, on ajoute des bagnoles. J’avise donc une vieille DEV à compartiments, où je m’installe. Tout le compartiment pour moi! Miam! J’ouvre donc la fenêtre, et observe le va et vien, courtoisie de la SNCB. Les bâtiments modernes ont l’air un peu moins lugubres cette fois-ci. Peut-être à cause du soleil qui tape dessus. Une 1800 se greffe à l’avant de notre rame, ce qui présage un voyage bicourant.

Départ. Côté couloir, j’ai le soleil dans les yeux. Je n’insiste pas. Je fais un bon 30km le nez au vent, quand mon estomac me suggère d’aller inspecter le wagon-restaurant. Bouffe sans histoire sinon qu’elle est hors de prix. Tant pis, ça fait passer le temps. Et après tout, je suis en vacances; une des choses que j’aime le plus au monde, c’est m’asseoir dans une VRAIE voiture-restaurant, à une vraie table avec une vraie nappe, où un vrai garçon (chez nous, ils sont beaucoup de la jaquette) m’amène un vrai repas. Le problème est que le tout est couronné d’une vraie note.

Au fond de la voiture, les PAFs cassent la graine, et se lèvent peu avant la frontière. Pour faire quel boulot? Je ne sais pas, on ne me demande rien, en matière de papiers. Ni à l’aller, ni au retour. Faut croire que les deux gabelous suissagas qui vous lèvent à cinq plombes du mat fesaient du zèle.

De retour à mon compartiment, après Saint-Quentin, je constate que les bidasses que je croise dans le couloir y ont fait les 400 coups. Plus de rideaux, la tablette cassée. Mais c’est le seul compartiment vide.

Pas pour longtemps, quatre jeunes, avec un énorme chien s’y installent. Il y en a deux qui sont policiers (un gars et une fille), et quand je ne prête pas attention au paysage, c’est un concert de jérémiades du genre «on ne peut même plus donner de p.v., on n’a pas le budget pour faire imprimer des carnets à souche de p.v.!».

Passés Saint-Denis, je sors dans le couloir, pour prendre l’air. Je ne suis pas le seul, mais le courant d’air est bienvenu. Arrivée à Paris-Nord sur la voie du TGV qui sera celle non-dédouanée. Je constate que la 1800 n’est plus en avant de la rame.

Vite, au dodo, je suis éreinté.

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