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urbains
Le Canard Déraillé

France 1992

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Samedi 16 mai :

Petite Ceinture, prise II

Après une matinée consacrée à la farniente, cap sur la Gare de Lyon en compagnie de Stéphane (qui a bien voulu jouer le jeu ferrovipathe, pour une fois. Il faut dire qu’habitant en sa proximité, il s’y intéresse un peu et était ravi d’y aller en train plutôt qu’à pied. Même qu’il a emprunté un camescope), où attend une RRR (deux éléments) destinée à combler deux de mes lacunes ferroviaires : la Petite Ceinture nord, et Puteaux_Issy-plaine.

Comme d'habitude, les petites lignes
folkloriques sont éclipsées par le TGV...

Petit arrêt à la rue Claude DeCaen.
Contraste saisissant avec le voyage précédent en panoramique : deux RRR pleines à craquer, ça en fait du monde. En partant, nous joignons la PC par Bercy, et roulons vers Bel-Air. Nous passons sous la passerelle des meuniers d’où je découvris la PC, neuf ans plus tôt. Exposant le fait à Stéphane, le voisin (qu’on avait pas sonné) demande si il n’y a pas une plaque commémorative... Hin hin hin.

C’est la curée vers l’avant du train pour prendre une photo, sous les exhortations du maître de cérémonie, de ne pas stationner sur l’autre voie. Redépart. Même cirque à Bel-Air_Ceinture et à l’Avenue de Vincennes. Après Charonne Voyageurs, c’est le premier tunnel de par lequel nous débouchons à Ménilmontant.

Ménilmontant,
avec sa célèbre passerelle.
Les inspecteurs de ballast du
dimanche ont fort à faire...
 
J’y découvre un cliché peut-être parmi les plus éculés du Paris ferroviaire (ou peut-être même tout court). Contre toute mes attentes, on peut voir l’extrémité du tunnel émergeant au milieu des Buttes-Chaumont. Nous n’allons pas tarder à passer par là.

Traversée du canal de l'Ourcq
La sortie, au milieu des Buttes Chaumont ne passe pas inaperçue. C’est au cris de «Ah! les salauds», ou «les ordures», etc. que le passage sur les lieux de l’ancien embranchement vers les abattoirs de la Villette. En effet, les opérations immobilières ont réduit à néant tout ce qui pouvait subsister de cet embranchement.

Peu après, le canal de l'Ourcq est franchi, puis nous nous engageons dans le dédale ferroviaire traversant les voies du réseau de l’Est et du Nord. Prochain arrêt, Boulevard Ornano, en viaduc.

Tout le monde descend inspecter minutieusement le ballast. Je profite d’une trouée dans l’essaim de gens sur la voie pour croquer la rame.

Boulevard Ornano
Mystère n°1

Mystère n°2

Mystère n°3 (à droite)

On repart, vers l’avenue de Saint-Ouen. Lors de la descente, le maître de cérémonie nous invite à explorer le raccordement des épinettes, mis en tunnel par le recouvrement de la tranchée, en nous munissant d’un éclairage individuel.

Par chance, j'ai toujours avec moi une lampe-torche, et m’engouffre donc avec la cohorte dans le tunnel.

La procession s’enfonce dans les ténèbres, éclairée par les seuls lumignons portés par les cavernicoles temporaires. Le tunnel s’élargit, les murs en maçonnerie sont surmontés d’une dalle de béton trouée ci et là par un regard où s’engouffre un rayon de soleil pétrifié par les volutes de poussière soulevées par les marcheurs.

  Au terme de la procession, les gens continuent d'arriver...
...puis, la rame entre dans le
tunnel pour nous y ramasser

La rame prototype V2N, au triage de Levallois.
Soudain, la cohorte ralentit. Un mur met fin à cette procession hypogée, mais une file d’attente se manifeste. Un trou permet de voir au delà de cette muraille, mais ne peut accommoder qu’une tête à la fois, d’où la queue. Forcée de faire demi-tour, la nuée humaine retourne à la rame qui a, entretemps, pénétré dans le tunnel. Tout le monde monte à bord, et c’est reparti. Lors d’un arrêt de service, nous observons l’ouvrage en surface de Porte de Clichy sur la ligne C.

Nous repartons peu après, et c’est à relativement plus haute vitesse que nous bifurquons vers Clichy_Levallois, où nous apercevons dans le triage la rame prototype V2N. Mouais. Pourquoi ce vert malade sur les portes? Pour faire TGV-A? Et pourquoi ne pas revoir l’esthétique de l’extrémité de la voiture-pilote? On dirait une Sybic qui s’est fait enculer par une rame de banlieue!

(On me dit finalement que c'est la caisse des Sybic qui a été adaptée aux chàssis des ZR2N type 20500 qui sont des rames de banlieue !)

Mystère n° 3
En cherchant bien, on trouve encore des villages dans Paris...
Au delà de la Défense, nous
avons une très belle vue de Paris.
 

Asnières et Bois-Colombes sont traversés à vive allure, puis c’est les vallées, et on revient sur la Défense par la Folie. Nous roulons sur la ligne de Versailles jusqu’à Puteaux, où nous nous engageons sur la ligne Puteaux_Issy-Plaine.

Un autre chaînon manquant à ma connaissance ferroviaire! La seule autre fois où j’ai roulé en territoire troisième rail, c’est en revenant de New-York vers Montréal, où la banlieue desservie via le Grand-Central Terminal est entièrement électrifiée ainsi.

La seule différence est qu’à New-York, les enfants et les pêcheurs (la ligne suit le fleuve Hudson - un des plus beaux voyages en train de l’est des USA) enjambent avec désinvolture le troisième rail.

À l'arrêt à la gare des Coteaux, nous croisons une des rames régulières à troisième-rail.
Les carreaux de faïence
d'origine sont toujours là...

À Issy, nous rencontrons une autre rame régulière.
Le temps radieux nous permet de jouïr d’une très bonne vue sur Paris. Après avoir croisé une rame régulière, nous stoppons à la gare des Coteaux, construite à califourchon sur la ligne. Malheureusement, les carreaux de faïence d’origine sont maculés de graffiti.

Le prochain arrêt est à Bellevue-Funiculaire, où nous sommes censés visiter les anciennes carrières sous le coteau. Mais une partouze clandestine y sévit, complète avec groupe électrogène devant l'entrée, deux loubards veillent, et nous ne pouvons y accéder. Le maître de cérémonie en personne explique à un groupe restreint où aboutissait le funiculaire. Peu après, nous remontons en rame, pour rallier Issy-Plaine.

L’arrivée à Issy se fait peu avant l’arrivée d’une autre rame régulière. Nous avons le temps de gagner le quai du RER pour disposer d’un (marginalement) meilleur angle. Finalement, c’est en bas qu’on est le mieux placé.

On repart, et au Boulevard Victor, nous refesons connaissance avec l’Anneau Magique. Le raccordement de la RATP est toujours aussi scruté avec attention, même si la rame n’y stoppe pas. Ensuite, c’est le traditionnel arrêt à Vaugirard-Ceinture, au grand dam des tennisseurs.

Plus loin, nous avons encore droit à la traditionnelle manif. Cette fois-ci, les protagonistes refilent leurs tracts à travers les baies vitrées ouvertes.

Ouest-Ceinture est traversée à petite vitesse, et nous enfilons le tunnel sous le XIVème arrondissement. Le bloc de béton qui nous a causé quelques sueurs froides, en panoramique, est toujours dans le tunnel, mais a été repoussé vers le piédroit. Ressortis, nous nous sacrifions encore à la tradition en arrêtant dans la tranchée du Parc Montsouris. La horde descend du train, et longe la rame au fond du défilé. Note insolite, une moto tout terrain y trône, à côté de la voie.

Repartis, nous arrêtons, comme d’habitude, à la Poterne des Peupliers, pour repartir, comme il sied, vers Les Gobelins Marchandises. La moto tout terrain de tout à l’heure est stationnée au haut de la rampe d’accès.

Petit arrêt sur le Pont National, où le maître de cérémonie nous propose de faire un petit bout de chemin à pied, alors que la rame négocie le passage vers La Râpée. J’avise que le poste d’aiguillage joue les portes ouvertes, et m’y engouffre. C’est un poste Saxby mécanique, c’est la première fois que j’en vois un de si près. J’ai un peu de difficulté à croire que ce poste est encore en service, car chez-nous, il y a belle lurette que tous les postes sont à commande électrique; jusque récemment, le discret tableau de contrôle était une petite boîte, souvent plus petite que la radio, sur le bureau de l’opérateur télégraphiste (dont les fonctions étaient peu analogues au chef de gare) des environs. Hélas, l’élimination de ces derniers a ramené ces mignons panneaux de contrôle sur le bureau du régulateur, ou les a absorbé dans les puces des nouvelles consoles informatiques. Je gage que ces tableaux de commande éliminés sont une antiquité de choix pour les grands patrons qui partent à la retraite, mais que ces ingrats ont tôt fait de réléguer ces reliques au fond de leur garage où elle pourriront jusqu'au moment où elles seront jetées à la rue sans autre forme de procès.

Le maître de cérémonie nous invite à reprendre place dans la rame, pour un marathon de tricotage à travers les aiguillages de Bercy. Après quelques va-et-viens, nous aboutissons dans la gare de la Râpée Inférieure, avec ses plaques tournantes. C’est la première fois qu’une rame tractée par locomotive y circule. Tout le monde descend explorer ces galeries voûtées.

Le signal du réembarquement est le signal de la fin, car nous repartons vers la Gare de Lyon. Arrivée sans tambours ni trompettes. Stéphane me quitte pour rencontrer des copains.

Une journée bien remplie, quoi.

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