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Le Canard Déraillé

France 1992

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Mercredi 13 mai :
Les Alpes, vues d’en haut.
J’accompagne Lionel et Z2 qui sont de corvée pour acheter de la bouffe. Car nous allons pique-niquer à Alp-Grüm, au delà du Lago-Bianco, en descendant vers l’Italie. Le petit déjeuner englouti, nous allons à la gare attendre le train pour Samedan. Train qui radine dare-dare, précis comme une montre suisse. En voiture.

Les tunnels hélicoïdaux sont retraversés, et le paysage est aussi grandiose que la veille, du moins jusque dans le tunnel, parce que là, on n’y voit que dalle.

Un beau vieux fourgon automoteur se prélasse à Samedan.
L’autre versant est très contrasté. La végétation est différente, le terrain moins accidenté. La descente jusqu’à Bever se fait doucement, et là, nous rejoignons la ligne qui va de St-Moritz à Scuol. A Samedan, nous changeons dans une navette automotrice qui nous amène à Pontresina, mais ça ne nous empêche pas d'admirer un beau vieux fourgon automoteur sur la voie d'à côté.

Pontresina est munie d’une caténaire commutable, car l’électrification n’est pas la même qu’ailleurs. Un voyant électronique indique la tension en vigueur. Nous repartons dans un train mixte, tiré par une automotrice, et entamons l’ascension de la Bernina.

Montée laborieuse, mais effectuée dans la joie par l’automotrice qui n’a pas connu les plaines des Landes, ni la LGV du TGV-PSE. Elle broute des kilomètres à 70%o comme le TGV en broute à 280 km/h. Les doigts dans le nez, et pour un peu, on dirait qu’elle fait ça sans s’en apercevoir. Ou pour le plaisir.

En montant, la route suit la ligne, et croise celle-ci à plusieurs reprises. Quelques bagnoles nous suivent, et attendent gentiment leur tout aux passages à niveau, sans s’impatienter. Quel contraste avec chez-nous où le sport national c’est de narguer le train aux passages à niveaux. Jusqu’à ce que le train gagne. En moyenne, en amérique du nord, trois fois par jour. Un mécano disait que «à la dernière minute, on peut même lire sur leurs lèvres : “Oh, mon dieu!”»... Même que le Chicago, Rock-Island and Pacific avait mis en service, dans les années 50, un train Talgo, où une caméra de télé était installée dans la cabine de la locomotive, et un écran géant, installé dans le bar, permettait aux clients de voir ce que seul le mécano et le chauffeur (le poste de chauffeur a été aboli en 1986, par décret présidentiel du président Reagan, même si les chemins de fer étaient diéselisés depuis plus de trente ans) voyaient. Et bien, à force de voir le nombre de bagnoles, de camions et de cars scolaires qui passaient devant, on avait besoin d’un remontant!

Le sommet est couronné par un passage autour du Lago Bianco, hélas vide. Seul un petit torrent infime coule au fond, entre les blocs de glace fondants. La descente de l’autre versant est entamée aussitôt, et nous suivons une conduite forcée jusqu’à Alp Grüm, où nous descendons du train.

Notre petit train mixte fait demi-tour en quittant Alp Grüm.

Pour remonter aussitôt, mais à flanc de montagne, parce que en haut, «c’est mieux pour pique-niquer». Nous regardon le train faire un demi-tour alors qu’il quitte la gare, alors qu’il poursuit sa descente vers Tirano.

Après une demi-heure de marche, nous élisons domicile à un endroit rocailleux, où seuls quelques lichens sont aussi téméraires que nous pour s’y aventurer. Au moins, nous pouvons voir la gare de Cavaglia, loin, en contrebas, et notre train est justement en train d’y stopper un moment.

La bouffe est picniquée sans coup férir. La farniente s’installe, et les moins paresseux s’en vont inspecter les environs. Mais l’heure passe, et quelqu’un a la brillante idée de suggérer le départ. Dont acte, mais pas pour la gare de Alp Grüm, où nous ne ferons que passer, mais pour Cavaglia, la prochaine gare en contrebas. Nous nous engageons dans la piste, mais nous devons louper un virage, parce que celle que nous empruntons se termine à une voie d’évitement en cul-de-sac, près d’une maison aux volets clos. Après tergiversations, nous décidons de suivre la voie. Bien nous en prit, parce que deux cent mètres plus loin, en bas du ballast, la piste poudroie allègrement.

Un petit train qui monte. Nous prendrons le suivant.
Au travers des arbres, nous entendons gronder un train qui monte, et c’est le branlebas de combat pour trouver une percée dans le feuillage afin de photographier. A la dernière seconde, nous parvenons sur un promontoire d’où nous pouvons regarder passer un convoi de 3 woitures et 2 vagons. Le train descendant, lui, sera croqué au fond d’un méandre de la voie, près d’une ferme inhabitée. Ce train là transporte entre le wagon de billots et les remorques un fourgon PTT à quatre roues.

A Cavaglia, que nous atteignons une dizaine de minutes avant le train, à bord duquel nous montons sur le train qui nous ramène àPontresina, via la Bernina. Passé le Lago Bianco, des cantonniers insouciants ont oublié une pioche en travers du rail. Bloing! Le train est passé dessus sans coup férir - quoique, je crois que la pioche n’a même pas eu son manche cassé.

A Pontresina, la bande monte dans le train pour Samedan, mais je vais voir du côté du kiosque à journaux. Je m’achète une glace, et, de retour dans le train, je me fais traiter de tous les noms... Mais Patrick avise Jacques, et lui crie d’amener des glaces... Le gag, c’est qu’il m’en a amenée une aussi...

La plus vapeur des électriques
A Samedan, quelques minutes plus tard, la Crocodile n°411 est occupée à former un train, et nous en profitons pour la mitrailler. Belle machine. Très belle machine. Lionel me dit que c’est la plus vapeur des électriques...

Je me rachète pour le coup des glaces au buffet, en payant une tournée. Mais je m’aperçois que j’ai oublié mon indicateur dans la navette. «Pas de problème, le train revient juste avant qu’on reparte. Tu demanderas au contrôleur si il l’a trouvé...». La navette arrive quelques minutes avant le départ de notre train. J’ai tout juste le temps de récupérer mon indicateur qui n’a pas bougé du filet où je l’ai laissé. Je remonte dans l’autre train, pour constater que tout le monde est dans la voiture restaurant, en train de prendre un coup (boire donne soif). Ces messieurs font leur réservations pour leur départ, vendredi soir, auprès du steward. Mais je ne les accompagnerai pas, ayant décidé de rentrer par Lausanne, histoire de voir d’autre coins de la Suisse.

Combien de ferrovipathes vont-t'il encore saliver sur ces plaques?

Revenus à Bergün, entre le brin de toilette et le diner, je vais voir passer un train à la gare. En revenant, je fais connaissance avec le matou de l’hôtel, une grosse bête énorme au poil long et de toutes les couleurs, qui vient se blottir sans que je ne lui ait rien demandé. Ce qui est bien, c’est que les maisons ont toutes une échelle à chat, une planche avec des échelons qui permet à minet de grimper sur la fenêtre, sans s’esquinter les griffes sur le stuc...

Bouffe animée, comme d’habitude, par la verbance dirigée contre la SNCF, en décriant les problèmes de la banlieue, des vieux kroums syndicalistes, etc...

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