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Le Canard Déraillé

France 1992

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Lundi 11 mai:
enfin la grande vitesse.
Je valide mon Eurailpass à la Gare de Lyon. Pour la réservation, je préfère le zinzin automatique. J’obtiens des places à un horaire raisonnable, et m’installe dans la rame, non sans avoir eu le temps de déambuler ça et là, et de croquer quelques rames et une toute nouvelle Sybic. Départ, et c’est le TGV qui inaugure mon Eurailpass. C'est beaucoup mieux que ce qui l'achèvera!!!

Paris-Gare-de-Lyon_Lyon-Perrache. Deux heures dix. Je traverse le zinzin de Zizi Pradel et m’engouffre dans une rame de métro orange. Bon sang qu’elles vieillissent mal! L’intérieur est bruni, les vitres égratignées! Même s’il n’y a pas de graffiti, l’ensemble fait hélas un peu pisseux. C’est triste, de voir du si beau matériel tellement défraîchi. Je change pour voir la ligne D. Là, le matériel est moins crado... Et, pour faire changement, le tunnel bien éclairé. Je vais jusqu’à l’extrémité est, puis reviens. Je vais alors jusqu’à Gorge-de-Loup.

Le tunnel sous la colline de Fourvière est impressionnant. Pour un métro urbain, ça fait une bonne longueur (quoique, à Montréal, le tunnel de la ligne 4, qui passe sous le fleuve Saint-Laurent, fait quand même environ 5 kilomètres, avec seulement une station intermédiaire). Descendu, je commence à ressentir des crampes d’estomac, qui se plaint ainsi de son état vide. Mais j’ai des choses plus importantes à faire, comme, par exemple, vérifier les horaires de train vers Lyon-Saint-Paul. J’ai toujours voulu y aller en train.

Mais hélas, ce ne sera pas pour cette fois, car le prochain train est après mon départ vers Paris. C’est donc tristement que je reprends le métro. Mais je descends à la prochaine, Saint-Jean.

Pour être profonde, elle est profonde. Jamais vu une station si profonde! L’escalier mécanique est interminable. Peut-être parce que les lyonnais ne sont pas habitués à un escalier si long, il y a un signal d’alarme à tous les 10m! Arrivé en surface, la ficelle qui grimpe à Fourvière me fait un clin-d’oeil irrésistible. Je craque.

Aller-retour sans histoire. Je décide de plier aux exigences de mon estomac, et vais le remplir un peu. Je déjeune dans un petit resto en face du palais de justice, où j’ai le loisir d’observer les loubards qui attendent la sortie de leurs potes, puis des cars de polices amenant de la chair fraîche et des équipes de télévision filmer quelques personnages...

J’ai tout juste le temps de rattraper mon TGV. J’ai eu ma dose de haute vitesse. Ahhhhh! quel pied!

Je rentre tôt, histoire de boucler ma valise. Chose si rapidement faite, que je décide de marcher jusqu’à la Gare de l’Est. Mes pérégrinations m’emmènent à Denfert-Rochereau, quand en traversant le boulevard Arago, une bagnole me klaxonne. A Montréal, les bagnoles klaxonnent constamment après les piétons (et si elles ont le malheur d’être trop près de moi, se prennent un bon coup de pied). J’ai été étonné qu’à Paris, personne ne klaxonne après les piétons. Étonné, je me retourne donc, et ai la surprise de voir que c’est mon ami, monsieur G. qui passait par là. «Je vous ai reconnu à votre sac à dos. Vous allez où, que je vous dépose?». Je lui fais part de mon imminent voyage, et accepte sa proposition. Comme il va à l’Hôtel de Ville, je lui dis que c’est suffisant, «je vais en profiter pour faire le Marais». Il stationne à proximité de Saint Gervais, patron des esquimaux.

J’ai bien fait d’accepter, car j’ai tout juste le temps de marcher jusqu’à la Gare de l’Est par la rue des Archives. Je bifurque à la rue Réaumur, et avisant la rue Volta, décide d’aller voir «la plus vieille maison de Paris» (au n°3). Avec une serrure électronique à combinaison. Et elle a été rénovée, et n’a plus l’air crado qu’elle a eu si longtemps. Mais ça m’a mis à la bourre, et je dois sauter dans le premier métro.

Arrivé à la gare, j’avise mon train, et part en reconnaissance. La voiture est repérée. Je retourne aux tampons, pour attendre Lionel et cie. Point de Lionel, mais c’est Patrick (que j’avais rencontré en 1989) «Mais c’est Marc! Salut, Marc!» qui me reconnaît le premier, et me présente au groupe, tous des mécanos de la banlieue de Paris: Charles, François, Christophe et Jacques. Lionel arrivé, nous nous installons dans nos pénates. A eux six, ils sont dans le même compartiment. Le mien est au bout de la même voiture, sur les roues. Couchette du haut. Ça commence bien. Ma première couchette, et c’est une couchette du haut!

Je retourne chez les mécanos, et une bouteille de champagne commence déjà à circuler! Je propose de faire sauter le bouchon au départ.

Trîîîîît! Attention au départ! Le conducteur passe pour ramasser les papiers de tout le monde, biscotte les formalités douanières. Nous discutons dans le couloir, le nez au vent. Comme c’est agréable; chez nous, les trains sont climatisés depuis belle lulure, et c’est une chose impensable que de se mettre le nez au vent (seul les portes ont des fenêtres qui s’ouvrent, et c’est rigoureusement interdit de stationner dans les vestibules).

— Dis, marc, quand-est-ce qu’ils vont creuser un tunnel, sous l’Atlantique, pour que tu puisses venir plus souvent?

— En attendant qu’ils creusent le tunnel, remplissez-moi donc cette formule, me lance le conducteur... Formule pour les hors-CEE. Je remplis, et la lui remet.

En abordant la vallée de la Marne, tout le monde décide de se pieuter. Je regagne mon compartiment, que je partage avec une dame seule qui s’est déjà couchée (en haut, elle aussi). Je déplie donc les couvertures dans le bleu (je n’allume pas), et me couche et réussit quand-même à dormir.

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