Montréal_Council-Bluffs en train de marchandises
Jour VI - Voyage en terre inconnue!
Je me réveille donc totalement innocent de la suite des évènements, qui commencent d’abord par un peu de manoeuvres.
Ici, on rencontre un train du Burlington Northern. | Et là, un train du CSX. |
Constatant qu’on m’a ENCORE attellé à des wagons-citernes à l’attelage si méchant, je gagne la locomotive pour demander au mécano de me dételler au plus vite. Très aimable, il a tôt fait d’interposer quelques wagons quelconques entre les voitures-lits et les citernes.
Je suis précédé d’un énorme transformateur. | Les ponts se suivent et ne se ressemblent pas... |
Après avoir fait le train en une dizaine de va-et-viens dont le dernier m’a gratifié d’un magnifique transformateur géant posé sur deux wagons plats, on part vers l’interchange avec le IAIS.
Un des innombrables croisements à niveau qui sont une spécialité de Chicago. | Un de ces curieux signaux nains à feux positionnés. |
À droite : Gros plan du signal bizzare.
Je regagne ma voiture-lit, et du vestibule, je regarde le paysage patibulaire, composé de fonds de cour d’usines délabrées, de terres en friche jonchées de détritus, d’une raffinerie de pétrole installée sur un terrain incroyablement exigù et d’une myriade de ponts ferroviaires franchissant le Chicago Sanitary Canal, dans un dédale de croisements divers. Le tout épicé par des signaux bizzares, soit simulant des bras de sémaphores en allumant des séquences différentes de feux, ou demeurant carrément jaunes après que nous les avons franchi (probablement un signal d’approche). Je remarque, ça et là, une camionnette blanche qui semble suivre le train.
Probablement des ferrovipathes qui sont tout étonnés de voir des voitures-lits sur un train de marchandises... Arrêtés, le chef de train vient me souhaiter bon voyage avant de dételler les wagons plats, et ils repartent avec le transformateur.
Je suis laissé à moi-même, sur une voie, près d’une vieille usine, dans la cour de laquelle surgit soudain la camionette blanche. Un énorme personnage en surgit, et se dirige vers moi (je me tiens dans l’interciculation). Bon, il vient aux nouvelles...
On me laisse seul sur ma voie, mais non sans que... | ...trois autres trains passent sur les deux voies à côté. |
À gauche : Le parcours est plein de courbes et s’effectue donc à petite vitesse.
– C’est vous l’accompagnateur? (tiens? il a l’air au courant). Je suis le coordonateur de trains de l’Iowa Interstate (IAIS). On a essayé de vous "contacter" ce matin...
Je lui explique pourquoi j’avais les oreilles bouchées... Il m’explique ensuite qu’ils viendront bientôt me chercher, pour m’emmener au triage du IAIS à Blue Island.
Il repart, je commence mon attente, heureusement ponctuées de trains d’à peu pres toutes les compagnies imaginables qui passent à côté, et, la plupart du temps, s’arrêtent même pour faire un brin de jasette ("Oui, ça fait cinq jours que je suis là dedans" – "non, je peux pas aller bouffer au resto" – "ni coucher à l’hôtel, je le traîne avec moi" – "oui, j’ai beaucoup de bouffe dans une glacière" – "oh, mais je suis très confortable, j’ai DEUX compartiments de première classe à moi tout seul")...
Cette savane était jadis les ateliers de Chicago du défunt "Chicago, Rock-Island &and Pacific." | Le fourgon de queue qu’on va bientôt m’affubler. Il renie du bout des lèvres son origine du "Atchinson, Topeka & Santa-Fe"... |
À droite : On recule pour prendre le fourgon.
Après environ deux heures d’attente, une locomotive du IAIS s’accouple à l’autre bout du train, et on repart, moi en queue. Je me déplace avec précaution, car les attellages 50 wagons peuvent donner jusqu’à 5 mètres de jeu. Précaution inutile, car la grande compétence des mécanos du IAIS feront que mes bouchons d’oreille, laissé en équilibre sur le rebord de la fenêtre, n’auront pas bougé d’un millimètre le lendemain matin...
La camionnette blanche est toujours là, plus quelques autres autos, qui s’arrêtent partout où c’est possible et d’où surgissent de bizarres insectes bardés d’appareils photos, et qui ne se gênent pas pour en servir à mes dépens... Des ferrovipathes! Je crois voir briller dans leurs yeux des grosses flammes de convoitise à ma vue dans ce convoi...
Feu le Chicago, Rock-Island and Pacific
Nous contournons ensuite les anciens ateliers du défunt Chicago, Rock-Island & Pacific, légendaire compagnie tombée au milieu des années 80, victime de ses lignes plutôt mal placées, et dont les divers tronçons ont été accaparés soit par de gros concurrents, soit par des petites compagnies régionales, comme le IAIS.
Au milieu de l’énorme boucle dans laquelle nous sommes engagés, nous stoppons pour ajouter un fourgon de queue et un wagons-plat avec murs de bout, chargé de bois de charpente. Puis, en repartant, comme nous roulons à petite vitesse, un des ferrovipathes me demande d’un passage à niveau où vont les voitures-lit ("Council Bluffs", j’ai tout juste le temps de lui crier).
À gauche : Nous repartons après avoir pris le fourgon, sous l’oeil vigilant du coordonateur dans sa camionnette blanche...
Ensuite, nous refoulons vers l’ancienne ligne principale du CRI&P, maintenant propriété de METRA, l’agence régionale de transport en commun, car c’est une importante ligne de banlieue.
Le chef de train m’invite à monter dans le fourgon, ce que je fais avec empressement, n’ayant jamais eu ce privilège sur une voie principale...
Un vieux fourgon pisseux du Atchison Topeka & Santa-Fe, aux fenêtres murées et qui pue le mazout (utilisé pour chauffer l’énorme poêle qui trône dans un coin). Je monde bien évidement en haut, dans la coupole, mais le gros mur de bout du wagon-plat devant nous empêche de bien voir. Un peu déçu, je redescend sur la plate-forme arrière, et jase un peu avec le chef de train, négligemment appuyé sur le mur, les pieds calés sur le bas de l’échelle de bout, dans une pose tellement typique qu’on en chialerait presque.
À droite : Le chef de train a été assez aimable pour m’inviter dans le fourgon de queue.
L’habituelle enthousiasme de la discussion sur les chiens écrasés est tempérée par le fait qu’il a écrasé avec son train deux mômes trois semaines auparavant...
Mais comme c’est un cheminot qui aime son boulot, il est revenu au charbon. J’apprend aussi que le IAIS n’est pas syndiqué, ce qui explique l’extraordinaire enthousiasme et la bonne humeur que je remarquerai très bientôt chez les employés...
Après quelques minutes d’attente, histoire de laisser le passage à une rame de banlieue aux caractéristiques voitures à balcon intérieur (ça permet au chef de train de contrôler les deux niveaux simultanément), une équipe étant occupée à réparer un aiguillage un peu plus loin, ce qui force à circuler sur une seule voie, nous reprenons le chemin, pour arriver au triage du IAIS, à Blue Island.
Je suis évincé de mes Pullman!
Là, le coordonateur de trains ne me loupe pas: "Prends tes cliques et tes claques, tu vas voyager dans la locomotive, car les voitures vont être mises près de la queue". Je tente de protester, mais on me répond que les 5000 tonnes d’acier laminé devant le train sont trop lourdes pour les attellages. Il ne veut pas entendre que deux jours auparavant, les voitures ont tiré sans broncher un train de 10.000 tonnes...
À gauche : ...Et c’est ainsi que nous sommes arrivés dans le triage du "Iowa Interstate"...
Je remonte dans les voitures-lit, ramasse mes trucs et ma bouffe (avoir su qu’il n’y avait pas de frigo dans les machines, j’aurai amené ma glacière), et descend au milieu du triage, après avoir bien verrouillé les voitures.
Mais je ne monte pas dans la camionnette avant d’avoir un peu aidé à former le train, c’est à dire de dételler des wagons ça et là quand me le demande le coordonateur de trains, malgré mon gros sac à dos...
Puis on m’amène dans le bureau de triage, confectionné dans une vieille remorque de camion, bien abritée sous un viaduc routier... Là, je fais connaissance avec le policier du chemin de fer, gros bonhome sympathique avec qui la conversation sur le temps qu’il fait se déroule comme un charme, et qui me fait signer un paquet de décharges de responsabilité...
À droite : À la gare du "Illinois Central" de Blue-Island, une unité multiple "à galerie" attend de prendre du service. Ces unités ont probablement été fabriquées par Bombardier.
Puis se présente l’équipe du train, le chef de train et son mécanicien, dont je partagerai la locomotive pour un bon moment. Nous faisons connaissance, puis je m’installe dans la machine de tête, une très vieille GP-40 (plus de 25 ans d’âge!) extrèmement spartriate: pas de frigo, pas de chauffage d’appoint, guère plus que des tabourets pour s’asseoir et même pas de combiné sur la radio!
L’équipe suit, et on m’offre le siège plus en avant, ce qui me donne une bonne vue sur la voie par la fenêtre de la porte avant. Après une ultime manoeuvre et le test de freins, c’est le départ. Sur la ligne du côté ouest du triage, une rame Metra passe tranquillement.
À gauche : L’ancienne gare du CRI&P est desservie par une rame "à galerie" diésel. Nous allons la suivre jusqu’a Joliet.
Juste comme nous passons à la gare de Blue Island, où sont stationnées des rames UM électriques (Blue Island est très bien desservie par les trains de banlieue: elle est le terminus d’une ligne aboutissant à l’ancienne gare du Illinois Central à Chicago, ainsi qu’une gare sur l’ancienne ligne du CRI&P aboutissant à la gare Union de Chicago), un crétin traverse le passage à niveau en chicane, mais il n’a pas vu la bagnole d’un flic de Metra qui a tôt fait de lui coller une contravention, tandis que nous regardons le tableau, penchés par la fenêtre de la locomotive, ostensiblement hilares...
À droite : Une des gares de banlieue sur l’ancienne ligne du CRI&P.
– Au moins, celui là s’est fait prendre, dit joyeusement le chef de train, avant d’enchaîner sur la sempiternelle discussion de chiens écrasés...
Nous retraversons le Chicago Sanitary Canal, en route pour Joliet, Illinois. Sur le pont, temporairement à une voie, une équipe de pontonniers travaille, tous attachés à une corde de sécurité. Mais nous devons bientôt stopper, car nous rattrappons le train de banlieue, qui manoeuvre pour retourner (son terminus est à Joliet).
Le pont sur le Sanitary Canal est investi par une équipe de cantonniers qui ont même enlevé une des voies pour mieux y jouer sans se faire embêter par tous ces trains qui passent par là... | Encore une ligne de chemin de fer qu’on croise, mais cette fois-ci, avec un viaduc... |
Le chercheur de clous
Le mécano en profite pour arrêter les locomotives à côté d’une pile de vieux dormants, s’empare d’un marteau de menuisier (accessoire incongru pour un mécanicien), descend du train puis commence à scruter attentivement les dormants du tas, un à un. J’en profite pour le suivre, et grimpé sur le tas, en profite pour prendre une photo du train.
À gauche : Petit arrêt champêtre en attendant que la rame diésel ait fini de manoeuvrer à Joliet.
– Je cherche des clous du Rock Island, le mécano m’explique.
Jadis, les chemins de fer marquaient les dormants au moyen de clous indiquant l’année où ils ont été posés. Ces clous sont maintenant devenus rares, et sont convoités par certains collectionneurs...
Le train de banlieue ayant fini sa manoeuvre, nous pouvons repartir. Mais pas pour longtemps, car le croisement de la gare de Joliet est occupé par le légendaire Super Chief, jadis du Santa Fé, mais maintenant assuré par Amtrak. C’est une rame Superliner à deux niveaux qui nous défile sous les yeux.
À droite : Repartis, on rencontre la rame de banlieue qui a rebroussé chemin à Joliet.
Celle-ci passée, le signal devient vert, et nous reprenons notre route. Un ferrovipathe sur le quai est tout étonné que je me sorte la tête par la fenêtre, et que je fasse mine de le photographiee de la locomotive (je ne gaspille pas de la pellicule pour ça)... Il le sera probablement plus quand il verra les trois Pullman derrière...
La Gare de Joliet a beaucoup changé depuis que j’y suis allé, il y a une quinzaine d’années. De très pisseuse et sale qu’elle était, elle est maintenant très propre et a été reconstruite avec goût. Mais à ce moment, j’étais loin de me douter que la prochaine fois que j’y passerais, ce serait à bord d’un train de marchandises!
Nous traversons ensuite un pont levis, sur la rivière Illinois, puis passons à côté d’un énorme paquebot-casino qui fait très incongru dans cette région de plus en plus agricole...
À gauche : Juste avant la gare de Joliet, les rames à galerie sont garées et attendent sagement l’heure de pointe du matin.
Le train-poireau
Mais nous arrivons au bout de la voie de Metra, qui devient maintenant CSX. Il faut donc appeller le régulateur du CSX pour avoir le permis d’occupation de la voie.
Permis qui nous est octroyé après 1h20 d’attente, attente passée à arpenter la voie avec le chef de train, puis le mécano, toujours à la recherche de ses fameux clous du Rock Island. Au moins, il en aura bénéficié: il en a trouvé trois...
À droite : La belle gare de Joliet, où se croisent l’ancienne ligne du CRI&P et du AT&SF.
Deux brefs coups de sifflet nous rappellent à la locomotive, car le CSX a finalement daigné nous donner le permis de voie. Nous regagnons l’engin au moment où une petite pluie commence à bruiner, puis nous repartons.
Pas pour longtemps, car à la prochaine courbe, en ralentissant, un des wagons a la brillante idée de purger toute la conduite, ce qui provoque un freinage d’urgence. Ça commence bien, on a un "kicker" sur le train.
Je descend avec le chef de train, pour inspecter le train tandis que le mécano recharge la conduite. Rien d’anormal à signaler. J’en profite pour examiner les voitures-lit qui sont toujours là, intactes...
À gauche : Un grand pont-levis qui traverse la rivière Illinois, après Joliet. Notez le signal du CRI&P dont les trois couleurs sont arrangés en triangle.
Je profite du calme ambiant pour téléphoner à Richard, auquel je me plains d’être pris dans la locomotive. C’est que je n’ai pas envie de coucher dedans, alors que j’ai trois confortables Pullman pour moi... Il me promet de faire le nécéssaire.
Repartis, c’est la lente progression à 60 km/h qui se poursuit, tout en respirant la douce odeur des cigares que le chef de train fume à la chaîne. Au moins il ne grille pas des cigarettes, que font puer les produits chimiques installés dans le papier afin de les faire brûler plus vite. Heureusement que le paysage longeant la rivière Illinois est pas mal varié: falaise, vieux canal avec aqueducs, tunnels abandonnés, bref, de tout pour plaire.
Le CRI&P, bien que défunt, crie sa présence
Ça et là, les vieux signaux du CRI&P se dressent toujours, éviscérés de tout mécanisme et contact électrique, sauf aux quelques croisements rencontrés, où ils nous dardent de leur feu vert tamisé par un grillage anti nid d’oiseau. Triste, triste.
À droite : Nous poireautons 1h20 avant d’obtenir le permis pour continuer...
De temps à autre, les vestiges d’une deuxième voie nous rappellent que nous sommes sur ce qui était jadis un grand réseau. Triste déchéance, mais tout de même mieux que la dépose de la voie... D’ailleurs, les employés montrent une certaine fierté de travailler sur ce qui fut un grand réseau; ça et là, des souvenirs du vieux CRI&P pieusement conservés en témoignent.
Nous traversons plusieurs villages, dont un se nommant "Marseille", et la gare restaurée avec amour arbore fièrement une plaque du CRI&P, mais qui abrite maintenant un bar (probablement totalement dénué de pastis)... Puis nous arrivons à Bureau, point où le CSX cède sa place au IAIS. La "gare" fait sourire: un tout petit bâtiment, sur lequel une plaque indique "Bureau". Dans la gare, exactement ça: un bureau, un téléphone et un belinographe d’où sourd le permis d’occupation de la voie (au moins, ça n’a pas traîné ici)...
On doit arrêter pour vérifier les freins après une application d’urgence intempestive. Ça me permet d’en croquer la queue... | De la cabine, on a une belle vue de la campagne de l’Illinois, qu’on traverse tranquillement. |
À gauche : La gare de Marseilles.
Petite différence avec le IAIS: en plus des traditionnelle bornes miliaires (1 mille=1600m), il y en a d’autres à chaque quart de mille. La lueur diminuant, elles apparaîssent au fil des virages, car étant réflectorisées, elles nous renvoient la lumière du phare de la locomotive. Et au sortir d’une courbe, on en aperçoit parfois deux ou trois simultanément...
La nuit tombe. Et pourtant, nous continuons notre chemin. Nous devinons un vieux triage, depuis envahi par la forêt. Plusieurs chevreuils y gambadent, et se mettent en travers de notre chemin.
– Allez, tassez-vous, tassez-vous, le mécano leur dit, tout en sifflant quelques coups.
A la dernière minute, ils s’en vont, et le mécano lance un sonore "Merci!"... Puis c’est au tour des ratons laveurs à commencer leur tournée des poubelles du voisinage...
À droite : La ligne longe un vieux canal qui a coupé en deux une micro-chaîne de montagnes. Le chemin de fer s’est d’abord contenté d’un tunnel, mais il a été décidé plus tard de passer à côté en creusant toute la montagne plutôt que d’en élargir le gabarit...
La garde se relève et ne se rend pas
Maintenant, il fait nuit, et nous roulons toujours. Le balancement des locomotives est endormant, mais il est difficile de s’endormir sur l’inconfortable tabouret. Puis la radio commence à parler de changement d’équipe. Ça va faire bientôt 12 heures que l’équipe travaille. On décide de changer à Genessee, où un taxi attend, avec l’équipe de relève à bord.
Adieux puis connaissance de la deuxième équipe. Le mécano, un jeunot, m’offre une chique de tabac, que je décline... Je m’étonne cependant de sa virtuosité à la cracher au travers d’une mince meurtrière de deux centimètres de largeur qu’il a pratiqué, en entr’ouvrant la fenêtre, sans faire de dégât (à l’intérieur de l’engin)...
À gauche : Une belle grande gare, avec une tour pointue. Notez que la voie d’évitement enlevée était du côté de la gare.
Peu après le départ, le chef de train s’absente quelques minutes dans la deuxième machine. Revenu, il explique qu’il ne veut pas nous balancer la fumée de ses cigarettes en pleine poire.
Vraiment, on est au petit soins pour moi: le premier chef de train fume des cigares qui sentent bon, et le deuxième fait des pieds et des mains pour ne pas que je subisse la puanteur de ses clopes...
Maintenant, je tape des clous... Heureusement que le mécano-chercheur-de-clous n’est plus là! Nous arrivons à Rock Island vers deux heures du matin. En traversant une grande plaine anormalement plane, l’équipe m’explique qu’il y avait jadis un gros triage et un point de division. On me pointe l’emplacement de rotondes, ateliers, bureaux de triages. Seul le dortoir demeure, transformé en foyer pour retraités. Tout le reste n’est qu’une jachère inculte.
À droite : Cette gare est encore munie de son sémaphore, qui indiquait au mécanicien que le télégraphiste devait lui remettre des ordres de marche.
En s’arrêtant SUR le Mississippi
Puis nous entrons dans la ville endormie, pour arriver dans le triage actuel, considérablement plus petit, ponctué du pont State Bridge, qui traverse le Mississippi, où nous nous engageons, pour stopper au milieu, avant de refouler.
Le mécano m’explique que pour franchir le signal, au milieu du pont, il faut demander l’autorisation du garde-pont, car les navires ont la priorité sur les trains. Mais ce soir, comme nous avons un train court, nous ne subirons pas cette tracasserie.
Reculés, je profite que le train est arrêté à côté du bureau de triage pour descendre et y recontrer le coordonateurs de trains, pour savoir si j’aurai la permission de coucher dans MES Pullmans...
À gauche : Avec son étage, cette gare a un style différent des autres; notez au loin les signaux protégeant un croisement.
Ça se négocie avec Richard au téléphone, puis la permission est accordée, en me fesant promettre d’être très vigilant, rapport au jeu des attellages...
Il me raccompagne à mon hôtel, s’assure que je suis bien correct, puis repart.
Je gagne mon compartiment, déplie ma couchette, puis me coule voluptueusement dans les draps... Je lutte cependant pour voir le Mississippi, que nous traversons bientôt, ensuite c’est la ville de Davenport. J’ai tout juste le temps de remarquer que la voie est située au milieu de la rue, avant de m’endormir, en pensant qu’il est curieux de voir défiler des façades de maisons si près de mon lit...