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Montréal_Council-Bluffs en train de marchandises
Jour V - Chicago!!!


Pas encore le but! Un soleil radieux se lève sur le triage de Blue-Island, près de Chicago.
Cliché : Marc Dufour .
Mais je me réveille quand le train commence à s’ébranler, bien après huit heures et demie... Nous avons poireauté près de 6 heures sur la voie principale!!! Pas de grasse matinée ici non-plus!

Je m’habille en hâte, et gagne tranquillement la machine de tête. Au moins, je vois le triage du Union Pacific de jour, où trône une rutilante locomotive de triage aux légendaires couleurs du UP, puis ensuite nous arrivons à Blue Island. L’équipe descend là, et j’attends une dizaine de minutes avant qu’un mécano du Indiana Harbor Belt (sorte de Grande Ceinture autour de Chicago) vienne pour remiser le train dans le triage.


LaÀ droite : La tour de contrôle de la butte de Blue-Island, une des dernières buttes encore munie de contrôle manuel.
Cliché : Marc Dufour .

Celui-ci, s’avisant que je viens du Québec, il me questione d’abord sur ce que je pense des USA ("trop de pouvoir dans pas assez de mains"), puis, visiblement satisfait de ma réponse, il ne cesse de me poser des questions sur la situation politique, démontrant dans ce domaine une curiosité peu commune, plus poussée que la curiosité polie du commis de Battle Creek. Je lui répond du mieux que je peux.

Ensuite, à ses insinuations que ce doit être mauvais d’avoir une économie au ralenti (rapport à la campagne de dénigrement, de désinformation et de désinvestissement émanant du monde anglo-saxon, ne pouvant digérer notre volonté d’indépendance nationale), je lui cloue définitivement le bec en lui disant que ça permet d’habiter un logement refait à neuf au centre-ville de Montréal pour le cinquième (compte tenu du taux de change) de ce qu’il paye pour habiter un clapier en (très) grande banlieue de Chicago (deux heures de bagnole dans chaque sens pour venir au boulot, contre cinq minutes à pied pour moi)...


UneÀ gauche : Une rare SD-9 (GM Co-Co de 1750 c.v.), datant des années 50
Cliché : Marc Dufour .

Le train est finalement remisé sur un faisceau d’arrivée, et les voitures-lits sont juste à côté de la tour de contrôle de la butte, où sont stationnées plusieurs locomotives d’un type rarement vues chez-nous: des SD-9 (Co-Co de 1750 c.v. datant du début des années 50), et même une légendaire GP-30 (Bo-Bo de 2000 c.v. du milieu des années 60, au caractéristique toit trilobé).

Peu avant mon départ de Montréal, je m’étais entendu avec une rencontre par internet pour qu’on se rencontre dans le triage. Je lui ai téléphoné juste avant mon arrivée, pour lui dire où je serai exactement, et lui demander de m’apporter des pellicules...

Je le vois finalement arriver dans son auto, et il n’a pas eu trop de difficulté à trouver, et ne s’est pas fait non-plus emmerder par les flics du chemin de fer. Même qu’il y en a un qui lui a montré le chemin!


UneÀ droite : Une GP-30 avec son toit bizzare (en raison de son armoire électrique plus haute que de coutume).
Cliché : Marc Dufour .

Nous cassons donc la croûte dans les sections avec ces horribles beignets américains mal cuits, et nous discutons le bout du gras pendant une bonne heure, quand il doit quitter, ses obligations familiales appellant...

Je passe quelques minutes à regarder le ballet des locomotives de manoeuvre qui poussent des wagons sur la butte, quand je décide d’appeller Richard, qui m’informe de la suite du programme.

Grande surprise! Mon voyage ne se termine pas ici, comme prévu. L’acheteur/loueur des voitures-lits a refusé de fournir un accompagnateur. Je dois donc continuer jusqu’à Council Bluffs, 800 km plus à l’ouest! Ça m’emmerde côté boulot, mais Richard saura faire patienter mon patron...

Mais ça m’embête un peu, car j’avais prévu du linge pour quatre jours, et ça en fait cinq que je cavale, vu les retards. Tand pis. À la guerre comme à la guerre...


IciÀ gauche : Ici se côtoient pleins de machines aux livrées très différentes.
Cliché : Marc Dufour .

Ensuite, je me rend dans la tour de contrôle de la butte et empoigne le téléphone et parviens à négocier avec le coordonateur de trains du GT un brin de toilette. Peu après, un taxi m’emmene, avec une autre équipe, à un vieil hôtel tout juste à veille de devenir miteux (en Amérique du nord, ça veut dire même pas 30 ans) situé TRÈS loin du triage, dans une autre grande banlieue de Chicago, où je peux prendre un bon bain et dormir bien au chaud quelques heures. Mais un lit d’hôtel, ça ne vaut pas une bonne couchette Pullman...

Je suis de retour au triage vers dix heures du soir, et quand j’arrive aux voitures, elles ont été déplacées de l’autre côté de la butte. La nuit est suberbe. Il fait chaud, pas le moindre nuage ni souffle de vent; on se croirait en été! Je discute un bon moment avec un technicien en signalisation dans la tour de contrôle, lequel m’explique que ce triage est un des tous derniers encores munis d’une butte à commande manuelle (l’effort de freinage est dosé manuellement par le contrôleur), puis vers minuit et demie, son quart terminé, je décide d’aller me coucher.

Mais, oups, les voitures sont stationnées juste à côté d’un frein de voie, et ces bestioles là donnent leur 120 décibels bien sonnés. Qu’à cela ne tienne, les boules de mousse à se mettre dans les oreilles sont disponibles partout, et j’en rafle quelques paires.

Bien enfoncées dans mes oreilles, elles me permettent de jouir d’un sommeil tellement réparateur, que je n’entendrai pas les grands coups que les gars du Iowa Interstate (mon prochain chemin de fer) assèneront demain sur les flancs de la voiture quand ils voudront m’annoncer leur programme...

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