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Montréal_Council-Bluffs en train de marchandises
Jour II - pardon, un petit peu plus à l’ouest...


UnÀ gauche : Un beau petit matin tout bucolique, dans le triage de Belleville, en Ontario...
Cliché : Marc Dufour .

Quand je me réveille, au petit matin, ce qui me frappe d’abord, c’est le silence. En prêtant l’oreille, on peut même deviner le chant des oiseaux. Humm, bizzare. J’ouvre un store (du compartiment), et aperçoit un bucolique paysage de composé de ballast, de wagons-citernes et d’un fragment de ciel. De l’autre côté, ce sont des wagons-trémies de blé. Bon, faut voir.

Je m’habille sans trop me presser, et une fois à terre, en profite pour faire une tournée rapide. Je reconnais au loin la gare et les signaux : nous sommes à Belleville, soit aux trois quart entre Montréal et Toronto. Je suis loin de mon profit, car à cette heure-ci, je devrais être pas mal plus à l’ouest! Puis je m’en retourne voir à l’autre extrémité des voitures.


DesÀ droite : Des wagons-citernes à perte de vue!!!
Cliché : Marc Dufour .

Patatras! On m’a attellé à une rame de wagon-citernes. Pas bon du tout, car les citernes sont munies d’un attellage spécial destiné à empêcher les wagons de se détacher en cas de déraillement, mais cet attellage n’est pas compatible avec les voitures de voyageurs, car il comporte un appendice qui cogne contre la partie inférieure du soufflet d’intercirculation. Et comme de fait, ce dernier comporte déjà une belle dépression consécutive à cet attellage contre nature. A t’on idée, des Pullman avec des citernes...

Il faut rectifier cela très vite, et je me met en quête d’un employé qui pourra m’aiguiller sur un responsable... J’avise, près de la voie, un bâtiment à l’extérieur duquel trône un paquet d’outils et de machinerie d’entretien de la voie. J’y pénètre pour rencontrer quelques cantonniers (et une cantonnière) fort occupés à casser la croute.


LeÀ gauche : Le viaduc du CP traverse le village de Port-Hope
Cliché : Marc Dufour .

– "Ici, c’est bien Belleville?" je commence à demander, puis j’enchaîne tout de suite en expliquant que j’accompagne les voiture-lits, histoire de tuer dans l’oeuf tout scepticisme naissant.

– "Oui, c’est bien Belleville", qu’on me répond. Je m’enquiers ensuite du numéro du chef de triage, auquel je téléphone aussitôt pour lui demander de me dételler des wagons-citernes. Il semble embêté, et met un peu de temps à me répondre, mais finit par me donner satisfaction. Ensuite, je retourne à bord des voitures.


SurÀ droite : Sur le viaduc du CN à Port-Hope, les wagons de grain s’étirent à l’infini...
Cliché : Marc Dufour .

Environ une demi-heure plus tard, je remarque une camionnette qui s’arrête à proximité. Je vais au nouvelles, et c’est le chef du triage en personne qui est venu voir. Peu après, c’est au tour de la locomotive de se pointer, et de me mettre sur la voie d’à côté. Ensuite, j’apprends que je devrais repartir vers 16 heures cet après midi. Voilà qui retarde sérieusement, mais je n’ai guère le choix.

Je profite des quelques heures pour aller m’approvisionner en bouffe et en films, puis je fais la tournée du triage qui fait bien deux kilomètres de long. Au bureau du triage, je fais connaissance avec mon futur chef de train, qui me semble sympathique à prime abord.


ÀÀ gauche : À Trenton, j’ai une bonne vue du train au détour d’une courbe
Cliché : Marc Dufour .

Je retourne à la voiture, non pas sans croiser quelques cantonniers (et la cantonnière) du matin fort occupés à récupérer des ferrailles diverses au moyen d’une grue rail motorisée (au commandes de laquelle se trouve la cantonnière), un gros électro aimant et un wagon plat datant de 1948. À la vue de leur engin, je les gratifie d’un calembour hélàs intraduisible en français: "Nice flat you have here"...


ÀÀ droite : À la gare d’Oshawa, une rame du GO Transit attend le départ, tandis qu’un train du CP passe paresseusement sur le viaduc traversant les voies du CN
Cliché : Marc Dufour .

Un chef de train qui a peur d’un... écrasement.

Vers 15 heures, les préparatifs du train commencent, et profitant d’un hiatus, je descend pour prendre une photo, pour être violemment pris à partie par le chef, qui en m’enjoingnant de retourner dans les voitures "on ne veut pas t’écraser" - comme si je n’avais jamais vu un train de ma vie - s’avèrera être le seul authentique vrai con patenté de tout le voyage.

En retournant derrière les machines, je croise - par hasard - le mécano du train qui m’a laissé là, la veille (Belleville est un point de division, et les équipes des trains de marchandises y sont changées). Il demeure très évasif quand à qui est responsable de mon "abandon" ici... Il s’avérera finalement que le responsable est le chef de triage, ce qui explique son attitude un peu revêche de tout à l’heure (lui non plus n’est pas habitué à reçevoir des réclamations directement de son chargement)...


PeuÀ gauche : Peu après Oshawa, nous croisons une rame du GO Transit, sur fond d’autoroute 401
Cliché : Marc Dufour .

Nous sommes en route vers 16h30. La petite pluie n’est pas pour arranger les choses, et il fait froid dans les voitures. Heureusement que je peux me réchauffer dans la deuxième locomotive, une machine américaine dégueu, malgré et en état hyper-poubelle. Et en plus, sa radio ne fonctionne pas.

Finalement, le meilleur endroit pour regarder demeure le vestibule des voitures. Là, je dispose d’une bonne vue sur la queue du train dans les courbes.


PuisÀ droite : Puis à Pickering, nous commençons à gravir la rampe vers le triage MacMillan
Cliché : Marc Dufour .

Nous passons les habituelles gares de Napanee, Port Hope et Oshawa (oû un train du CP occupe le viaduc par dessus les voies du CN), passé laquelle nous longeons les voies du GO Transit. Peu après, nous croisons une rame à deux niveaux, mais ce sera la seule que je verrai, car à Pickering, nous bifurquons pour éviter Toronto.


UnÀ gauche : Un des viaducs permettant de franchir les nombreuses vallées qui grèvent le plateau au nord de Toronto
Cliché : Marc Dufour .

La montée vers le triage Macmillan est toujours aussi laborieuse que la dernière fois, mais comme nous ne sommes pas arrêtés à Pickering, nous ne perdons pas de temps a accélérer.

Comme d’habitude, nous stoppons juste à l’extérieur du triage, et, sans y pénétrer, l’autre équipe (avec qui je profite pour faire connaissante - le chef de train con ne me regarde même pas) prends la relève. Nous repartons aussitôt.


LeÀ droite : Le tracteur du train RoadRailer de la cie Éco-Rail, attellé à une locomotive 3500
Cliché : Marc Dufour .

Quelques kilomètres plus loin, nous passons à côté d’un petit triage où se trouve la dernière nouveauté à circuler sur le CN, le train léger "Éco-Rail" qui, avec un tracteur léger, tire une dizaine de remorques routières, système "Road-Railer", placées entre des bogies libres. Enfin, je peux voir le vrai truc en personne, lui qu’il n’a trop souvent été qu’une ombre furtive rencontrée au hasard de mers retours à la maison au petit matin (son horaire le fait passer à Montréal vers 2-3 heures)...


DesÀ gauche : Des bogies sont insérés entre les remorques
Cliché : Marc Dufour .

Puis nous dévalons la pente que nous avons monté avant le triage Macmillian et passons à toute vitesse au travers de Brampton. Dans la campagne, au loin, une apparition inattendue: les bulbes d’une église orthodoxe donnent un air de Sainte Russie à la plaine fraîchement labourée, puis ensuite, nous nous engageons dans une série de grandes courbes amples qui me permettent de contempler le spectacle incongru de la queue de mon train roulant dans une direction radicalement différente de celle empruntée par les locomotives, juste avant d’arriver à Burlington West, que nous traversons sans arrêt (contrairement à la semaine passée). Puis c’est Bayview Jonction, qui annonce la laborieuse montée de l’escarpement du Niagara, qui m’offre une belle vue de la ville de Hamilton en train de s’assoupir pour la nuit.


Non,À droite : Non, nous ne sommes pas à veille d’arriver en Oural!
Cliché : Marc Dufour .

Manoeuvres en soirée.

La nuit est presque tombée quand nous arrivons à Brantford, où nous laissons quelques wagons. La manoeuvre est rapidement expédiée en une vingtaine de minutes, puis nous reprenons notre marche vers London, où nous répéterons le même manège.

Quelle différence avec la dernière fois, où nous avons traversé la ville en trombe! Cette fois-ci, on y laisse une bonne demi-heure et quelques wagons de ciment. Mais, quand on va pour se ré-accoupler sur le train, je constate que ça allait être contre un de ces putain de wagons-citerne à l’attelage si peu appétissant. J’avise le chef de train qu’on ne peut pas coupler ce type de wagon aux voitures, et après avoir juré un peu, il décide de reprendre un des wagons qu’on vient de laisser. Ça nous a fait perdre une autre dizaine de minutes.

Nous repartons ensuite. En passant près de la gare de London, je remarque un train spécial composé de voitures d’auscultation de la voie. Nous quittons la ville, et roulons sans encombre vers Sarnia, que nous atteignons vers minuit.


NousÀ gauche : Nous dévalons de larges courbes qui permettent de voir la queue du train se ruant dans une direction radicalement différente de celle des locomotives...
Cliché : Marc Dufour .

On traverse le triage à petite vitesse, dételle les voitures, puis on me laisse à proximité du dépot de locomotives. Le chef de train me propose de venir avec eux jusqu’au bureau de triage, pour que j’aille au nouvelles. Très aimable (malgré la rebuffade à London), il m’invite même à bord de la locomotive quand ils vont la laisser au dépôt. Quel contraste avec le con de Belleville. Puis je fais connaissance avec le mécanicien, qui encore plus aimable, déborde de questions à propos des voitures que je convoie...


LaÀ droite : La montée de l’escarpement du Niagara permet de jouir d’une bonne vue sur la ville de Hamilton, qui commence à s’assoupir dès six heures, une fois les trottoirs rentrés...
Cliché : Marc Dufour .

On continue de jaser dans le taxi qui nous amène au bureau du triage, et il s’avère qu’il est modéliste... Avoir su qu’il était si intéressé par les voitures, j’aurai fait le voyage dans la locomotive de tête (mais ce n’est que partie remise, et quelle partie!). Ensuite, dans le taxi, il ne cesse de me parler de modélisme (grmbl, moi, ce qui m’intéresse, ce sont les vrais trains)...

On m’attribue les mauvaises voitures, et pas n’importe-quelles!

Arrivé au bureau de triage, il me présente à la coordonatrice de trains, à qui j’explique mon cas: "J’accompagne les trois voitures qui viennent d’arriver sur le train 393".

– Ah, oui, elle répond, juste en moment, tout en consultant une grosse liasse de papiers. Est-ce que ce sont les "Sandford Fleming, Coureur des bois, David Thompson et Pierre Lavérendrye"?

DING! Surprise! Les Sandford Fleming, Coureur des bois, David Thompson et Pierre Lavérendrye sont une suite de voitures-salon super-ultra-luxueuses à l’usage des gros bonnets du CN. Je reprend assez vite mes esprits pour répondre, tac-au-tac:

– "J’aimerais bien ça"...

Après quelques vérifications, je suis fixé sur mon sort; je vais partir demain après-midi, sur un train appellé vers midi. Bon, je n’ai pas le choix. Encore du retard. Je vais donc me coucher; au moins, je pourrai faire la grasse matinée. On me raccompagne (car le triage fait bien 4 km de long) et je vais me coucher près du dépôt, à l’ombre d’une énorme raffinerie de pétrole. Décidément, je dors à de drôles d’endroits, ces jours-ci (et je n’ai encore rien vu!)...

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