|
À droite : À côté dun train
de matériel militaire;
au fond,la tour W
Vers onze heure et
demie, en effet, les locomotives arrivent, et saccouplent:
je suis sur le train. Je vais dans la première locomotive
me présenter à léquipe, qui est toute
surprise de me voir. Consultant son manifeste, le chef de train
ne voit rien à propos de voitures-lits, et encore moins
rien sur ma présence... Il savise ensuite quil
a le manifeste dhier, puis sinforme par radio au
bureau de triage. On lui répond quon va lui amener
une copie. En attendant, on manoeuvre pour faire le train qui
gît sur quatre voies différentes, et je réponds
volontiers aux questions étonnées de léquipe.
Après une bonne
heure de va-et-vient, on est fin prêt à partir.
Je vais me camper dans la dernière locomotive, une machine
américaine de location, flambant neuve (Co-Co de 4000
c.v. construite par General Electric). La cabine, bien que moderne,
est plutôt cracra, les sièges ont tout juste les
petites défectuosités quil faut pour ne pas
être confortables, et la configuration générale
nest pas géniale. Pis encore, les fenêtres
ne sont pas munies de déflecteurs arrières, ce
qui rend impossible de voyager nez au vent sans prendre la pluie
en pleine poire.
Je décode tant
bien que mal le mode demploi de la radio (elle peut émettre
et recevoir sur TOUTES les fréquences ferroviaires nord-américaines,
ce qui fait un beau paquet de canaux), et parvient à sélectionner
la fréquence "train à train" du CN; cest
que Richard a réussi à emprunter une radio portative
du CN, et il pourra donc communiquer avec moi au début
du voyage en cas de pépin, car il a lintention de
suivre le train en auto sur une soixantaine de kilomètres.
Plus loin, ce sera le téléphone cellulaire.
À
moi le lourd train fou qui siffle dans la nuit!
Enfin, cest lheure
du départ! Le chef de train a reçu son manifeste,
et les trois imposants mastodontes (trois mille chevaux chacun)
sébranlent tranquillement, et nous sortons tranquillement
du triage. Enfin, jusquà ce que nous nous immobilisions
sur le faisceau de sortie, car un train de travaux nous barre
la route, sur la voie principale. Nous attendons une dizaine
de minutes, puis nous avons enfin la voie libre. La fébrilité
du départ est décuplée par le chant des
turbocompresseurs endiablés qui peinent, alors que notre
centaine de wagons gagne péniblement de la vitesse.
Passé Ballantyne,
nous sommes sur la voie principale. En moins de dix minutes,
nous roulons déjà belle allure, quand nous passons
la gare de Dorval, bien endormie. Et cest la course qui
sengage. 15 minutes après le départ, nous
roulons déjà à 100 km/h, aidés par
la légère descente de la voie en roulant vers louest.
Sur lautoroute
longeant la ligne, Richard roule à la même vitesse
que le train, ce qui le met en excès de vitesse (la vitesse
est limitée à 70 km/h sur les autoroutes urbaines
- limite qui nest dailleurs observée par personne)!
Puis vient, juste avant Beaurepaire, le détecteur de boîtes
chaudes. Nous retenons presque notre souffle, quand retentit
lannonce radio: "... Pas de problème.".
Ouf.
Bon, bin moi
je vais me coucher, me lance Richard, à la radio.
Bonne idée,
moi aussi, je lui réponds.
Je regagne les voitures-lits
aussitôt, et minstalle délicieusement dans
mon compartiment, au milieu du Naiscoot River. Bercé par
le doux balancement du train sur la voie impeccable du CN, je
nai pas à attendre longtemps pour dormir, mais non
pas sans remarquer que si jouvre les deux stores de mes
compartiments, puis ouvre la porte du couloir, et le store de
la fenêtre dans le couloir, je bénéficie
dune très bonne vue des deux côtés
du train, cela bien couché dans ma couchette... Après
tout, jai tout le train à moi tout seul, je peux
donc bien me permettre de laisser la porte du couloir ouverte,
non?
Je mendors peu
après que le train siffle les premiers passages à
niveaux, passé Dorion (jusque là, les passages
ont tous été supprimés, sauf quatre, auxquels
les trains nont pas le droit de siffler, rapport au sommeil
des riverains)... |