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de Marc Dufour

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Vive le Québec Libre!

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Vive le Québec Libre!
Allons, allons, pour eux aussi,
il faut que la France soit la France!
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Évidemment, avec toute ces railleries, quand on a d'abord combattu l'occupant nazi, puis ensuite, anéanti les visées hégémoniques anglo-saxonnes sur la France (on se souviendra que Roosevelt avait juré d'anéantir la capacité industrielle de la France et projetait de l'occuper comme il a occupé l'Allemagne, mais qu'il a vait volte-face lorsqu'il a compris que De Gaulle retournerait la Résistance contre les américains), on se sent un peu come une baleine qui reçoit un pet de plancton...

Quelques mois plus tard, vers la fin de l'année, le plus illustre des français enfonça un peu plus le clou, lors de sa traditionnelle conférence de presse, à l'Élysée:

– ... Les français, après avoir découvert, peuplé, administré le Canada pendant deux siècles et demi, ont cru devoir quitter la place. Les soixante mille individus qui sont restés n'ont reçu de la France que d'infimes éléments nouveaux, tandis d'affluaient des millions et des millions de britanniques, sans compter les nouveaux arrivants slaves, médittéranéens, scandinaves, juifs, asiatiques que le gouvernement canadien d'Ottawa déterminait à s'angliciser.

Les britanniques ont en outre déployé de grands efforts de contrainte ou de séduction pour amener les français canadiens à renoncer à eux-mêmes.

...

Toutefois, par un miracle de vitalité, d'énergie et de fidélité, une nation française, morceau de notre peuple, a continué à se manifester au Canada. Elle prétend être reconnue et traitée comme telle. Les soixante mille individus sont devenus six millions et restent plus français que jamais, comme en témoigne leur devise: "Je me souviens".

Ayant su préserver leur langue, leurs traditions, leur religion, leur solidarité françaises, les Français canadiens délaissent maintenant leur stratégie défensive passive et aspirent comme tout autre peuple à devenir maîtres de leur destin.

Mais les anglo-saxons et le gouvernement fédéral, dont l'action inévitablement partiale ont réussi à s'approprier l'économie et à placer les français dans une position inférieure qui ne cesse de l'aggraver et qui met de plus en plus en danger leur langue, leur substance, leur caractère.

Engagé dans ce mouvement d'affranchissement, le peuple français d'outre-atlantique s'est naturellement tourné vers la France en qui il voit la mère patrie, non plus seulement comme un souvenir très cher, mais comme la nation dont le sang, le coeur et l'esprit sont les leurs. Eux-mêmes pourraient apporter un appui considérable à la France.

L'issue de leur combat pour la survie de la langue française au Canada pèsera lourd dnas la lutte qui est menée pour elle, d'un bout à l'autre du monde.

Voilà pourquoi le gouvernement français a reçu les premiers ministres Lesage et Johnson avec une grande joie et un grand intérêt. Voilà pourquoi il a signé avec eux les premiers accords d'action commune. Mais ces retrouvailles devaient être constatées et célébrées solennellement sur place.

[d'où l'invitation qui me fut faite. Ma présence] au Québec a soulevé une vague immense de foi et d'espérances françaises. Des millions d'hommes, de femmes, d'enfants se sont rassemblés pour crier avec passion "Vive la France!". Ils arboraient des centaines et des centaines de milliers de drapeaux tricolores et des drapeaux du Québec, à l'exclusion de tout autres emblêmes.

[j'ai soulevé trois évidences:] – Vous êtes des français;

— en cette qualité, il vous faut être maîtres de vous-mêmes, et,

— l'essor moderne du Québec, vous voulez qu'il soit le vôtre.

À Montréal, deuxième ville française du monde, le déferlement de passion libératrice était tel que la France avait le devoir sacré d'y répondre sans ambages et solennellement.
...

[Le Canada doit changer; un tel changement est] le prélude à l'avènement du Québec au rang d'un état souverain, maître de son existence nationale, comme le sont par le monde tant et tant d'autres peuples qui ne sont pourtant pas si viables ni même si peuplés que ne serait celui-là.
...

Allons, allons, pour eux aussi, ils faut que la France soit la France!

Charles de Gaulle,

Conférence de presse du 27 novembre 1967,
à l'Élysée.


***

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